—J'avais quinze ans, reprit-elle, quand je vis M. d'Assonville pour la première fois. Les guerres de la Fronde ensanglantaient alors la France. J'habitais avec ma mère, une Espagnole alliée à la famille des Médina, un château voisin d'Écouen.

—Je le connais, dit Belle-Rose.

—Un soir que je me promenais seule dans le parc, j'entendis le bruit d'une mousquetade aux environs; la peur me prit, et je me mis à courir dans la direction du château. Tout à coup, au détour d'une allée, un officier se présente à moi; il était pâle, effaré, sanglant.—Sauvez-moi, me dit-il d'une voix éteinte, et il roula au pied d'un arbre.—On entendait le piétinement d'une troupe de cavaliers à peu de distance. Je m'élançai vers la petite porte du parc; mais il n'était plus temps, le chef de la bande m'aperçut.

—N'avez-vous pas vu ici un officier? dit-il.

Dieu m'inspira le courage de mentir.

—Non, répondis-je résolument. J'ai entendu la fusillade et suis accourue pour fermer la porte.

Tout en parlant, je me sentais défaillir, mais mes yeux ne quittaient pas le cavalier.

—Ainsi, vous n'avez pas peur? reprit-il.

—Peur!… Je suis fille de M. de La Noue, qui est bon gentilhomme.

—Bien! c'est un des nôtres! fit le cavalier, et il s'enfonça dans le bois.