—Ah! c'est vous, monsieur? dit-il en s'adressant à M. de Villebrais, qu'il reconnut malgré le désordre de ses habits et le sang dont il était couvert.
—Moi-même, fit M. de Villebrais, qui mordait ses lèvres de colère.
—Diable! monsieur, vous n'avez point tardé d'entrer en campagne, à ce qu'on peut voir, reprit le duc d'un ton de mépris.
—J'imagine, monsieur le duc, reprit le traître hardiment, que vous ne m'avez pas confié ces braves gens pour les conduire à la messe?
Le duc de Castel-Rodrigo fronça le sourcil.
—Au surplus, ajouta M. de Villebrais, que la fureur tourmentait, il m'est doux de savoir que nous vivons au temps de la chevalerie. A l'avenir, quand j'aurai un ennemi à combattre, j'aurai grand soin de le prévenir de l'heure et du lieu, comme faisaient les preux de la Table ronde.
—Monsieur sait bien qu'il ment, dit froidement un officier de la suite du duc de Castel-Rodrigo: il n'ignore pas sans doute qu'au temps dont il parle on bâtonnait les déserteurs et qu'on pendait les traîtres.
Cet officier, d'une figure austère et pensive, était le jeune prince d'Orange, qui faisait son apprentissage de la guerre, celui-là même qui devait être un jour Guillaume Ier, roi d'Angleterre.
—Assez, messieurs, s'écria le duc; j'ai donné permission à M. de Villebrais de se faire accompagner de dix ou douze soldats partout où bon lui semblerait; mais je n'ai pas, que je sache, abdiqué mes droits de gouverneur de la province. Votre rôle est fini, monsieur, le mien commence. Allez.
M. de Villebrais se retira lentement. En passant devant Mme de Châteaufort et Belle-Rose, il leur jeta un regard empreint d'une haine implacable, rallia ceux de ses gens qui étaient encore debout et s'éloigna.