—Grinedal, lui dit-il quand ils furent seuls, Sa Majesté, à qui j'ai rendu compte de votre belle conduite, m'a permis de vous promettre le grade de capitaine. Votre brevet est à la signature.
Belle-Rose remercia son généreux protecteur et regretta dans le fond de son âme que son père ne fût pas là pour jouir de cette fortune.
—Mais, reprit M. de Luxembourg, ce n'est pas le général qui vous parle, c'est l'ami. Celui-là, Jacques, a une fois encore besoin de vos services et de votre dévouement.
—Parlez, et quand vous m'aurez dit ce qu'il faut que je fasse, je vous remercierai pour m'avoir choisi.
—Un homme en qui j'avais mis toute ma confiance, continua le général, vient de me trahir. Tu t'en souviens peut-être pour lui avoir parlé à Witternesse, il y a dix ans?
—Bergame! s'écria Belle-Rose.
—Lui-même. Il est en train de vendre pour une somme de cent mille livres des papiers qu'il a entre les mains, et que je lui avais laissés, croyant à son honnêteté. Si ces papiers ne compromettaient que moi ou le prince de Condé, je ne m'en inquiéterais guère. Le roi, dans sa souveraine miséricorde, a bien voulu tout oublier. Mais ils peuvent porter un préjudice notable à des gens qui n'ont point été soupçonnés; que dis-je? ils peuvent les perdre, si ces papiers tombent au pouvoir de M. de Louvois.
—Que faut-il faire?
—Il faut partir pour Paris.
—Quitter l'armée! s'écria Belle-Rose indécis.