—Eh bien! dit Suzanne, il faut le faire évader.
—De la Bastille? Eh! madame, on réussirait aussi bien à tirer un damné des griffes du diable! Il y a des sentinelles à toutes les portes, et des portes à tous les couloirs, des guichetiers partout. Les murs ont vingt toises de haut, les fossés vingt pieds de profondeur, et je ne sais pas un trou où il n'y ait des barreaux gros comme le bras.
—Cependant, dit Suzanne, il n'est pas de cachot, pas de forteresse, pas de citadelle d'où l'on ne puisse sortir. Rien n'est impossible à la volonté.
—Rien, quand elle est aidée par le temps. Vous ne savez donc pas ce que c'est qu'une évasion d'une prison d'État? Il faut la méditer dans l'ombre, tromper mille regards, épier l'heure propice, ne rien donner au hasard. C'est l'oeuvre de la patience… Elle demande des années, et quand on réussit, il arrive parfois que le prisonnier a des cheveux blancs. Voulez-vous attendre, madame?
—Oh! ce serait mourir, s'écria Suzanne.
—Mon Dieu! que faire? reprit Geneviève.
—Le tirer de la Bastille avec un ordre du ministre, continua le sergent.
—Il ne le voudra pas! Il ne l'a pas voulu! dirent à la fois les deux femmes.
—Oh! je m'entends! Il y a d'autres prisons en France, de petites Bastilles par-ci par-là dans les provinces. Obtenez seulement qu'on le transporte dans une d'elles, et je me charge du reste.
—Que veux-tu dire? demanda Suzanne.