—Bon! dit-il, nous allons maintenant nous jeter derrière ce mur, le capitaine et moi. Quant à vous, monsieur de l'Irlande, qui n'êtes presque point connu de Bouletord, ajouta-t-il en se tournant du côté de Cornélius, vous allez, s'il vous plaît, courir au-devant de la maréchaussée en lui demandant de venir à votre aide. Il suffit que vous le lui demandiez pour qu'elle n'en fasse rien. Alerte, les voici!
Tout cela avait pris moins de temps pour être fait qu'il n'en faut pour le raconter. Belle-Rose et la Déroute se blottirent derrière le mur, et Cornélius, qui avait saisi au vol le projet du sergent, s'élança au-devant de Bouletord. La maréchaussée arrivait au galop, Bouletord en tête, la face rouge, l'oeil enflammé.
—Hé! monsieur, s'écria Cornélius, aussitôt qu'il fut à portée d'être entendu, un méchant drôle de postillon vient de renverser mon carrosse, ne pourriez-vous point m'aider à le relever?
Bouletord regarda du côté du petit chemin. Les chevaux attelés avaient la tête tournée de son côté; Cornélius, avec son habit d'uniforme, était debout sur le côté de la route; il n'eut aucun soupçon.
—On verra au retour, mon gentilhomme, dit-il; et, piquant des deux, il passa comme la foudre avec ses gens.
Belle-Rose et la Déroute sortirent de leur cachette. La Déroute riait de tout son coeur.
—Décidément, dit-il, ce pauvre Bouletord n'est pas fait pour le métier qu'il remplit; c'est un agneau.
—C'est assez joli ce que tu as trouvé là, reprit Cornélius; seulement, s'il m'eût reconnu il me tuait roide.
—Sans doute, mais il ne devait pas vous reconnaître, et il ne vous a pas reconnu.
—Poussons donc en avant.