Jacques posa le chapeau plein à son côté, et courut chercher du secours. Il trouva M. d'Assonville inspectant sa troupe, suivi d'un maréchal des logis, qui rayait les noms des morts sur le livre de la compagnie.

—L'officier hongrois, qui voulait me faire pendre aux frontières de l'Artois, se meurt, lui dit Jacques; ne pourrais-je pas le faire transporter à l'ambulance pour qu'il reçoive les soins que réclame son état?

M. d'Assonville regarda Jacques.

—Ah! c'est le capitaine qui voulait te faire pendre aux frontières de l'Artois! C'est bien, mon garçon, va.

Jacques partit avec deux grenadiers. L'officier hongrois fut placé sur un brancard garni de bottes de paille. Quelques gouttes de sang se figeaient au bord de ses plaies ouvertes, ses dents claquaient de froid. Le fils du fauconnier le couvrit de son habit.

—Quel coeur as-tu donc? lui dit brusquement l'officier.

—Le coeur de tout le monde.

—Parbleu! tu es bien le premier habitant de ce monde-là que je rencontre.

Les yeux du Hongrois brillaient et s'éteignaient tour à tour; quand il les ouvrait, il regardait Jacques.

—Peut-être vaut-il mieux, reprit-il, que ce soit moi qui parte, et toi qui restes. Je ne vaux rien, et tu as l'air d'un brave jeune homme… Le hasard a eu raison…