—La maison est à vous.
La Déroute s'était bien gardé de donner congé du cabinet où il avait placé son observatoire. Ce pouvait être un moyen d'établir des communications avec l'intérieur du couvent, aussitôt qu'on serait parvenu à faire connaître à Suzanne que ses amis cherchaient à la délivrer. L'impatience de Belle-Rose ne lui permettait pas d'attendre; dès le lendemain, il se mit en mesure d'investir la place, ainsi que le disait la Déroute. Le plan de campagne était de l'invention de Claudine. Elle s'habilla à la façon des femmes d'Irlande, et montant en carrosse avec Cornélius, elle se fit conduire au couvent des dames bénédictines de la rue du Cherche-Midi. Cornélius, qui était du Connaught, parlait l'anglais à peu près comme s'il eût été du Middlesex. Claudine, par une de ces tendresses dont la source s'épanche au fond du coeur, avait rapidement appris la langue de son fiancé, avec qui déjà elle la parlait facilement. Ils arrivèrent devant la porte du couvent, où, après avoir sonné, ils furent reçus par la tourière.
—Veuillez, lui dit Cornélius avec un accent anglais trop prononcé pour n'être pas très affecté, prier madame la supérieure de prendre la peine de descendre au parloir.
—Est-ce pour une affaire pressée? demanda la tourière en faisant courir les grains d'un chapelet entre ses doigts.
—Vous lui direz qu'il s'agit d'une jeune dame étrangère que son frère, gentilhomme irlandais, a l'intention de laisser aux dames bénédictines, où, si elle se plaît, elle pourrait bien prononcer ses voeux.
A ces mots, la tourière s'inclina, et, faisant asseoir les deux étrangers, disparut par une petite porte qui donnait dans une galerie.
—Voilà qui est bien entendu, dit tout bas Claudine à Cornélius quand ils furent seuls, vous êtes mon frère, vous vous appelez sir Ralph Hasting, vous êtes baronnet, et moi miss Harriett Hasting, votre soeur; je suis prise d'une grande dévotion qui me porte à vouloir entrer en religion. Que Dieu nous pardonne toute cette hypocrisie! Si le monde n'était pas si méchant, y serions-nous forcés?
Au bout d'un instant, la tourière revint et conduisit Cornélius et Claudine dans le parloir. On les avertit que la supérieure était derrière la grille tendue de serge, et la tourière les quitta.
—On m'a fait connaître le but de votre visite dans cette sainte maison, dit la mère Évangélique; nous ne refusons jamais d'ouvrir nos bras aux coeurs qui veulent se consacrer à Dieu.
—Je vous en remercie, ma mère, répondit Claudine d'une voix douce qui semblait sortir d'une bouche anglaise.