—Tout juste. C'est mon oncle Jérôme Patu qui me mande auprès de lui.
—Parfaitement. Vous cherchez l'hôtel du Cheval noir, et demain matin, au petit jour, vous devez vous rendre au couvent avec une lettre de votre brave femme de mère.
—La voilà, dit Ambroise, qui, tout étourdi, tira la lettre de sa poche.
—Très bien, reprit la Déroute, qui fourra ses mains dans son haut-de-chausses pour résister à l'envie qu'il avait d'escamoter la lettre; je vois que vous ne cherchez point à me tromper. Suivez-moi donc, ami Patu; l'auberge est ici près; nous avons à causer.
Ambroise suivit sans délibérer une personne si prudente et entra dans la salle commune du Cheval noir. Émerveillé de ce qu'il avait entendu, l'honnête garçon aurait douté de la vertu de son saint patron avant de soupçonner la probité de son guide. La Déroute demanda une chambre, fit dresser une table avec deux couverts, ordonna à la bonne de décacheter le meilleur vin, et, quand le dîner fut servi, ferma la porte au verrou.
—Asseyez-vous là, dit-il à son compagnon, qui avait regardé tous les apprêts sans souffler mot; voilà d'un petit vin de Suresnes dont vous me direz des nouvelles, et une gibelotte comme on n'en mange guère à la table du roi.
Ambroise s'assit, allongea ses grandes jambes et vida son verre d'un trait.
—Ah ça, camarade, dit-il en faisant claquer sa langue, vous qui me connaissez si bien, faites au moins que je vous connaisse un peu.
—C'est juste, reprit la Déroute; je suis, moi aussi, un Patu.
—Ah bah!