—Tu as vu M. de Charny? reprit Claudine dont toute la gaieté disparut.
—Si Belle-Rose ne m'a pas délivrée avant trois jours, je suis perdue, continua Suzanne.
Claudine, épouvantée, la serra dans ses bras.
—M. de Louvois est las de ma résistance. Il faut que je sois religieuse ou mariée d'ici trois jours.
—Mais qui peut te contraindre à prononcer tes voeux?
—Certes, aucune puissance humaine ne me forcera à outrager la majesté divine par des serments que mon coeur réprouve; mais, Claudine, il y a la réclusion éternelle; non pas cet emprisonnement doux et facile qui laisse voir le ciel et respirer la lumière, mais la réclusion au fond d'une cellule, le cloître sans l'espérance. On me donnera six pieds de terre entre quatre murs, on comptera sur les lassitudes et les mortelles influences de l'isolement, sur les lâches conseils du désespoir, et, quoi qu'il arrive, religieuse ou recluse, je suis perdue pour lui.
—Non, tu ne seras pas perdue pour lui! s'écria Claudine, qui pleurait en embrassant Suzanne. Nous avons trois jours devant nous, trois jours, entends-tu? Si l'on veut t'enfermer, je m'enferme avec toi, et crois bien que Cornélius démolira le couvent plutôt que de m'y laisser!
—Oui, reprit Suzanne, Jacques, ton frère, et Cornélius, ton fiancé, sont deux nobles coeurs, mais ils ont contre eux le ministre.
—Ils ont pour eux l'amour; l'un vaut bien l'autre, qu'en penses-tu?
La cloche du couvent sonna l'Angélus; on entendit les chants religieux des soeurs qui se rendaient à la chapelle, et les deux amies se séparèrent. Une heure après cet entretien, Cornélius, qui rôdait sans cesse autour du couvent pour en mieux connaître les êtres, heurta un gentilhomme qui entrait dans la rue de Vaugirard par la rue Cassette. Le choc fit tomber les chapeaux des deux jeunes gens.