—Encore quelques minutes et nous sommes libres! dit Claudine.

Leurs petits pieds couraient sur le sable des allées; l'espérance leur avait mis des ailes. Elles arrivèrent essoufflées à l'angle du mur et trouvèrent la Déroute qui trépignait d'impatience.

—Voici deux fois que j'ai donné le signal, on ne m'a pas répondu, dit-il. Attendez-moi là.

Suzanne frissonna et sentit trembler dans sa main la main de Claudine. La Déroute marcha le long du mur et, s'aidant de quelques branches, grimpa comme un chat sur l'arête. La nuit était noire, de gros nuages ayant tout à coup voilé la lune. Il prêta l'oreille, et il lui sembla qu'on chuchotait à dix pas de lui. La Déroute enfourcha le mur, et descendit en plantant la lame d'un couteau entre les pierres. Quand il fut par terre, il alla droit du côté où l'on avait parlé, mais tout à coup deux hommes fondirent sur lui.

—Va-t'en au diable! lui cria l'un d'eux qui était Grippard, tandis que
Bouletord, de son côté, le frappait d'un coup de poignard.

Le choc sauva la Déroute; il reçut le coup dans ses habits et sauta de côté comme un chevreuil. Bouletord se jeta sur lui, mais le sergent gagna le coude du mur et disparut dans les ténèbres. Au bout de cent pas, il grimpa sur un arbre, prit son élan, debout sur une gros branche, et tomba dans le jardin du couvent.

—Voilà, monsieur Bouletord, dit-il en se relevant, un coup que je vous revaudrai.

XLI

LE SECOURS DU FEU

Suzanne et Claudine avaient entendu le cri de Grippard; ce cri emporta tout leur espoir, comme un coup de vent emporte une étincelle; elles se serrèrent l'une contre l'autre, tremblant pour Jacques et Cornélius, attentives au moindre bruit et sentant leur coeur battre. On entendait piétiner de l'autre côté du mur. Habitué dès longtemps aux escalades nocturnes et à toute la gymnastique militaire, la Déroute avait si bien mesuré son élan, qu'il était tombé sur le gazon comme un écureuil. En deux bonds il fut auprès des prisonnières.