—Mon camarade, reprit-il, ce chevau-léger est un neveu de M. de
Nancrais.
—Un neveu du colonel! s'écria la Déroute qui bondit de joie sur sa selle.
—Tout bonnement.
—Eh bien, capitaine, nous en ferons un maréchal de France!
—Certainement; et pour commencer, tu lui apprendras le maniement des armes.
Les deux voyageurs prirent par Septeuil et Montfort-l'Amaury; c'était à la fois le plus court et le plus sûr. La route était peu fréquentée, et il n'était pas probable que les agents de M. de Charny eussent poussé de ce côté-là. On coucha à Rambouillet, et dès le matin, au soleil levant, on se rendit à Rochefort. A l'instant de partir, la Déroute s'absenta quelques minutes; quand il revint à l'hôtellerie, Belle-Rose lui demanda la cause de son éloignement.
—Voici, répondit le sergent: il m'a semblé que pour des gens qui vont en expédition, nous sommes médiocrement armés, vous d'une houssine, moi d'une branche de coudrier. J'ai conclu une petite affaire tout à l'heure.
—Quelle affaire?
—Un cadet de famille qui va je ne sais où, a perdu cette nuit tout son argent comptant au lansquenet contre un maltôtier; je lui ai offert vingt pistoles de son équipement, qu'il m'a tout de suite cédé, et le voilà: il y a l'épée et les pistolets; quant à moi, j'ai pris la défroque du valet. Les armes sont en bon état, et si les gens de M. de Charny ont envie de nous dire deux mots, ils trouveront à qui parler.
Belle-Rose passa l'épée à sa ceinture, mit les pistolets dans les fontes et l'on s'engagea dans la forêt des Ivelines. Au bout d'une heure, on traversa le bois de la Selle, qui touche au bois de Rochefort. Il était à peu près dix heures quand on vit les premières maisons du bourg éparpillées dans les champs. Un petit garçon rôdait le long d'une haie, cueillant des mûres sauvages.