—Enfin! s'écria M. de Charny comme un homme déchargé d'un grand poids.
—Quand on est si bien avec un si grand ministre, on a bien toujours sur soi un petit ordre, quelque blanc-seing, une lettre de cachet, la moindre bagatelle. Exhibez-moi vos pouvoirs, et tout s'arrangera à notre contentement mutuel.
M. de Charny était pâle déjà; la fureur le rendit livide. M. de Pomereux, qui attachait sur lui un regard perçant, avait deviné juste; dans sa précipitation à suivre Gargouille, M. de Charny ne s'était muni d'aucun papier qui pût lui conférer un pouvoir officiel.
—J'attends, reprit le comte.
M. de Charny se leva d'un bond.
—Ainsi, vous refusez? s'écria-t-il d'une voix tremblante de colère.
—Ai-je rien dit qui ressemblât à un refus, répondit M. de Pomereux sans quitter son fauteuil.
—Prenez garde, monsieur le comte! vous jouez un jeu dangereux, reprit M. de Charny. Belle-Rose est ici, tout près de nous, peut-être; c'est un criminel d'État dont M. de Louvois prétend avoir justice; vous le recevez et le cachez dans votre maison, alors que vous n'ignorez rien de ce qui s'est passé. Dans une heure, monseigneur le ministre saura tout. Il y va de votre tête, monsieur le comte!
A peine M. de Charny avait-il achevé ces mots, que la porte s'ouvrit avec violence et livra passage à Belle-Rose. Belle-Rose avait tout entendu. A la menace de M. de Charny, la loyauté de son caractère s'était révoltée; il pouvait bien réclamer le secours de M. de Pomereux quand il s'agissait d'un enfant à rendre à sa mère, mais il ne devait pas exposer ce fier gentilhomme à des périls où sa tête était en jeu.
—Merci, monsieur le comte, dit-il en pressant la main du jeune homme, vous avez été ferme et loyal jusqu'au bout; vous avez fait votre devoir, je ferai le mien.