Comme Jacques lâchait la bride au cheval, l'étranger le retint.
—Un mot encore. Connais-tu dans les environs une maison de braves gens où je puisse attendre ton retour sans craindre les indiscrets?
—J'en connais dix, mais il y en a une surtout qui fera votre affaire. Sortez du bois, suivez le sentier où je vous ai rencontré, prenez la grande route et arrêtez-vous devant la première maison que vous trouverez sur votre droite. Vous la reconnaîtrez facilement. Tout est ouvert, portes et fenêtres. Vous serez chez mon père, Guillaume Grinedal, comme chez vous.
—Diable! mais j'y serai très bien, dit l'étranger avec un sourire. Va maintenant.
Il retira sa main qui serrait la gourmette, et le cheval partit. Un quart d'heure après, l'étranger entrait dans le jardin de Guillaume Grinedal. A la vue d'un étranger, le fauconnier quitta un long pistolet d'arçon qu'il fourbissait et se leva.
—Que demandez-vous? lui dit-il.
—L'hospitalité.
—Entrez. Ce que j'ai est à vous. Si vous avez faim, vous mangerez; si vous avez soif, vous boirez; et pour si pauvre que je sois, j'ai toujours un lit pour le voyageur que Dieu conduit.
En parlant ainsi, le père Guillaume avait découvert son front; ses traits honnêtes, ridés par le travail, gardaient une expression de dignité qui le faisait paraître au-dessus de sa condition.
—Je vous remercie, dit l'étranger; ma visite sera courte. Quand votre fils sera revenu, je partirai.