Il avait pris le bras de Louise sans y penser.

«Eh! reprit-elle, il faudra pourtant bien que ça finisse par là; mon père se fait vieux, je vais sur mes vingt-deux ans, je ne peux pas rester seule au Buisson.

—Bon, dit Pierre, vous avez le temps.»

Quand il revint à la Capucine, Pierre ne trouvait plus que de bons cigares dans son étui.

«Eh! eh! dit-il à Dominique, qui rôdait devant la maison, j'ai vu tantôt un lièvre qui sortait du petit bois de chênes du côté du père Marteau.... Va te mettre à l'affût, tu l'auras.»

Le père Morand eut un accès de goutte. Il avait beau citer les anciens et parler de Zénon, on voyait qu'il souffrait beaucoup. Il maugréait parfois comme un païen, et sa philosophie avait des impatiences terribles. Louise avait pour lui mille tendresses et mille soins; elle était active, gaie, complaisante, et ne le quittait pas d'une minute. Elle lisait à voix haute ses auteurs favoris et prenait des notes sous sa dictée. Un peu de pâleur était le seul indice qu'on eût de sa fatigue. Son humeur n'en était ni moins prévenante ni moins enjouée. Pierre lui tenait fidèle compagnie. Un soir que le père Morand avait été comme un dogue à la chaîne, Pierre prit la main de Louise en s'en allant.

«Je vous admire, dit-il.»

—Oh! c'est mon enfant,» répondit-elle.

Après qu'il avait passé la journée au Buisson, Pierre, pour se délasser, prenait un fusil et allait avec Dominique se mettre à l'affût des canards sauvages. Les lettres qu'on lui écrivait de Paris continuaient à s'empiler sur sa cheminée; mais, aguerri déjà, il en ouvrait au hasard quelques-unes et s'étonnait qu'on pût s'intéresser aux débuts d'une danseuse nouvelle et aux luttes de quatre chevaux anglais courant sur une pelouse.

Lorsque la convalescence du père Morand fut en bonne voie, Pierre et Louise recommencèrent leurs promenades. Un matin qu'ils suivaient un sentier dans la vallée de Beuzeval, M. de Villerglé demanda à Louise si elle était toujours décidée à se marier.