«Quel est ce déguisement? dit Georges.

—Que parles-tu de déguisement? s'écria Valentin; ne sais-tu pas que la société est en péril? Il est temps que les hommes de cœur s'arment pour défendre l'ordre et la famille.»

Un domestique, qui cogna timidement à la porte, interrompit la philippique de Valentin; il apportait une lettre dont un cachet de cire parfumée fermait l'enveloppe couverte d'azur.

«Ah! de Juliette!...» s'écria le défenseur de la famille. Il lut rapidement la lettre. «C'est bien, j'irai, dit-il.... Tu vois, reprit-il après que le domestique se fut rétiré, je ne m'appartiens plus.... Dans une heure inspection, ce soir prise d'armes, et il y a une première représentation aux Variétés, où j'ai promis d'aller. Toi, tu ne me quittes pas; si tu veux, je te fais nommer lieutenant.»

Comme beaucoup d'hommes préoccupés de choses qui leur sont personnelles, Valentin s'enquérait fort peu de celles qui intéressaient son ami; il entraîna Georges aux Champs-Élysées, où sa compagnie paradait, le contraignit à le suivre à l'hôtel de ville, où il était de garde le soir, et le mena souper au café Anglais. Au bout de trois jours, M. de Francalin fut las de cette existence tapageuse et partit pour Beauvais.

Mme la baronne Alice-Augustine de Bois-Fleury était bien telle que Georges l'avait représentée: elle occupait un vaste hôtel dans une des plus belles rues de la ville, et y recevait avec de grands airs le monde le plus distingué du chef-lieu. Quand son neveu arriva, elle était à sa toilette. «Priez M. le comte, mon neveu, dit-elle, de m'attendre dans le boudoir.»

Ce titre de comte qu'elle donnait à M. de Francalin était de son invention, mais elle le tenait pour authentique. Si, l'Armorial de France à la main, on avait voulu lui prouver que Georges n'y avait aucun droit, elle aurait déclaré tout net que l'Armorial de France était un sot et ne s'y connaissait pas. A bout d'arguments, Georges la laissait dire.

Mme de Bois-Fleury parut bientôt un éventail à la main, et dans l'attitude qu'elle aurait prise pour une présentation à la cour. Elle tendit sa main à M. de Francalin, qui la baisa.

«Je vous remercie de votre empressement, mon beau neveu, dit-elle; il me prouve que vous êtes tout prêt à faire ce que j'attends de vous.»

Georges sourit.