«J'ai des excuses à vous faire, dit-il, pour le sans-façon avec lequel je me suis introduit chez vous. Il n'y avait pas à hésiter: un mandat d'arrêt a été lancé contre moi: demain on voudra le mettre à exécution, mais il sera trop tard. Tandis qu'on surveille la route et la station du chemin de fer à Maisons, je suis ici, et certes ce n'est pas chez M. de Francalin qu'on viendra chercher le mari de Mme Rose.»
Georges fit un mouvement.
«Cela vous étonne, ce que je dis là? reprit Olivier; mais c'est précisément parce que je sais, avec tout le monde, que vous aimez Mme Rose, que je me suis réfugié à la Maison-Blanche. Là seulement je n'ai rien à craindre.
—Mais, monsieur, s'écria Georges, parler de sentiments dont je ne vous dois pas l'aveu, c'est offenser celle de qui vous venez de prononcer le nom. Sachez que, si je les éprouve, mon respect les égale tout au moins.
—Qu'est-ce? répliqua M. de Réthel avec un air de hauteur. Me feriez-vous gratuitement cette insulte de supposer que je serais dans cette maison, si j'avais eu la sottise ou la lâcheté de soupçonner Mme de Réthel un instant? Ah! monsieur, vous ne le pensiez pas!... Je vous estime parce que Mme de Réthel vous aime.»
Ce dernier mot laissa M. de Francalin sans réponse.
«Oui, monsieur, poursuivit Olivier, cela m'a donné de votre caractère une opinion que vous méritez certainement. Si vous pouviez apprécier comme moi ce que vaut Mme de Réthel, vous me comprendriez.»
Un coup de vent ébranla les volets, et la pluie frappa les vitres à flots. M. de Réthel se mit à rire.
«Je plains les pauvres diables qui sont à m'attendre sur la route, dit-il. Les niais ont cru que le coup était pour demain. Ils ne savent pas leur métier. Quand ils verront que rien ne bouge, ils se tiendront tranquilles, et l'émeute fera explosion. Priez Dieu seulement que nous ne réussissions pas!»
Georges regarda M. de Réthel avec étonnement.