—Je n'ai pas faim.

Et comme j'hésitais:

—Un de ces jours tu me rendras un gigot, si tu trouves encore un mouton, reprit-il en riant.

Il me tendit la main, et s'éloigna. Je remarquai qu'il avait les yeux tristes. Le souvenir de ces yeux me poursuivit tout le soir. Le lendemain, errant sur un chemin, j'avisai quatre soldats qui portaient un mort sur une civière.

—Sais-tu qui passe là? me dit un sergent de ma compagnie.

—Non.

—C'est ton chasseur.

Je courus vers la civière: c'était Didier, en effet.

—On savait chez nous qu'il était perdu, me dit l'un des cavaliers qui le portaient.

Je me mis à marcher derrière lui, les yeux gros de larmes.