«Dans la politique, je faisois entrer la science de régner, le gouvernement tant en général qu'en particulier, la conduite du prince aux mêmes égards, et les préceptes généraux.
«Dans la guerre, je proposois ce qui regarde le dedans de l'État, ce qui ne le touche qu'au dehors, et les maximes tant générales que particulières.
«Ma troisième subdivision étoit tirée: 1o (et en ce qui est de la religion) de l'article qui regarde Dieu, c'est que le prince le serve lui-même; 2o qu'il le fasse servir par les autres; et 3o qu'il observe tout de même, et qu'il fasse observer ses ordonnances et ses lois.
«J'observois la même distribution en ce qui regarde, l'article de la conscience, celui de l'Église, et enfin celui des devoirs.
«Je m'abstiens de parcourir les trois autres parties de ma première et plus simple division, de peur d'être trop ennuyeux; on les jugera assez de soi-même, en supposant que j'y avois gardé la même économie.
«En un mot, tout cela faisoit cinq colonnes tant de divisions que de subdivisions, chacune desquelles se multipliant à mesure qu'on passoit de la première colonne à la seconde, de la seconde à la troisième, et ainsi jusqu'à la dernière et cinquième, il se trouvoit que tous mes six ou sept mille papiers de méditations se trouvoient appliqués à chacun de mes articles de subdivisions, au bout de chacune desquelles je marquois l'endroit où il le falloit chercher. Pour comprendre cela, il faut savoir: 1o que j'avois fait partager ma cassette en quatre carrés, qui faisoient, comme autant de boîtes, dont la première étoit pour les choses de la religion, la seconde pour celles de la morale, et ainsi des deux autres pour la politique et pour la guerre; 2o que chacun de ces carrés ou boîtes renfermoit un gros portefeuille; chaque portefeuille un certain nombre de cahiers; chaque cahier un plus grand nombre de sous-cahiers; et chaque sous-cahier les papiers simples qui étoient tous distinctement numérotés par 1, 2, 3, etc. jusqu'à quelquefois 100, 200, etc., selon que les matières étoient plus ou moins abondantes et étoffées.
«Avant que d'aller plus loin, et afin d'aller au-devant du désir que pourra témoigner le lecteur de voir quelque échantillon de tous ces divers préceptes qui occupoient un si prodigieux nombre de papiers, j'estime être assez à propos d'en mettre ici sept ou huit qui me sont demeurés dans la mémoire, et par lesquels on pourra juger de tous en général.
«Ces préceptes ou méditations (car les papiers dont je parle ne contenoient pas autre chose), étoient conçus en forme de questions ou d'examen de soi-même, qu'on fait faire au jeune prince, de l'éducation duquel il s'agit. Par exemple:
SUR CE QUE LES ROIS ET PRINCES SOUVERAINS NE DOIVENT POINT ATTENDRE D'ÊTRE SOLLICITÉS POUR FAIRE DU BIEN A TOUT LE MONDE.
1re Question, ou Examen de soi-même.