[Note 905: ][(retour) ] Gepidarum vero genus est ita diminutum, ut ex illo jam tempore ultra non habuerint regem, sed universi, qui superesse bello poterant, usque hodie Hunnis, eorum patriam possidentibus, duro imperio subjecti gemunt. Paul. Diac., Hist. Lang., I, 27.--Cf., Theophyl., l. VI, c. 10.

[Note 906: ][(retour) ] In eo prælio Alboïn Cunimundum occidit, caputque illius sublatum ad bibendum ex eo poculum fecit. Paul. Diac., Hist. Lang., I, 27.

Baïan ne fut pas plus tôt installé dans la Hunnie, qui reprit avec lui son ancien nom, que les Romains le virent arriver chez eux. Les Gépides possédaient, comme on sait, sur la rive droite du Danube et dans cette langue de terre située entre la Drave et la Save, qu'on appelait la presqu'île sirmienne, plusieurs cantons qu'ils avaient conquis à différentes époques sur les Lombards ou sur les Goths, et ils avaient même enlevé Sirmium aux Romains. Baïan se prétendait le maître de ces cantons et de la ville, attendu qu'ils avaient appartenu aux Gépides, et qu'en outre les Lombards les lui avaient cédés; mais Sirmium n'était déjà plus à sa disposition. Au plus fort de la guerre, les provinciaux pannoniens qui formaient la population de la ville, et les soldats gépides qui la gardaient, s'entendirent pour ouvrir leurs portes aux troupes romaines, et Sirmium rentra sous les lois de l'empire. Or Baïan n'avait rien de plus à cœur que de reprendre sa ville, comme il disait, et d'en chasser les Romains, qui la lui avaient enlevée injustement. Il essaya de s'en emparer par surprise, mais il fut repoussé dans un combat où le duc Bonus, qui commandait la place, reçut une blessure après avoir vigoureusement battu l'armée assiégeante. Suivant son habitude quand il avait le dessous, Baïan décampa, et on le croyait déjà loin, lorsqu'un des habitants, placé en vedette dons une sorte d'observatoire qui dominait les bains publics, aperçut des cavaliers qui s'avançaient à toute bride dans la campagne[907]. L'alerte fut donnée, la garnison prit les armes; mais on reconnut bientôt à leurs signaux que c'étaient des parlementaires qui venaient conférer avec le commandant. Bonus voulait se rendre à la conférence, malgré sa blessure qui le retenait au lit; son médecin, nommé Théodore, s'y opposa nettement[908], et ce furent des officiers et quelques citoyens notables qui se rendirent auprès des parlementaires, en dehors des portes. Le kha-kan, disaient ceux-ci, se tenait à quelque distance de là, et ils devaient servir d'intermédiaires entre le commandant et lui. Ne voyant pas le duc Bonus arriver, ils demandèrent ce qu'il était devenu, et comme on n'osa pas leur dire qu'il était blessé, de peur d'enfler leur confiance, ils soupçonnèrent davantage, ils le crurent mort; appuyant avec d'autant plus de chaleur sur la nécessité de sa présence, ils protestèrent qu'ils n'avaient mission de traiter qu'avec lui[909].

[Note 907: ][(retour) ] Nonnulli ex his qui Sirmii erant, ad summum fastigium balnei, quod populi usui erat relictum, ad speculandos homines, ut moris est, ascenderunt. Hi per speculam caput exerentes et circumspicientes... Menand., Exc. leg., p. 112.

[Note 908: ][(retour) ] Decumbebat enim ex vulnere, neque illi per Theodorum medicum licebat exire, et hostibus coram se sistere. Id., ibid.

[Note 909: ][(retour) ] Sed hostes ubi viderunt, alios, qui, de pace disceptarent, venire, suspicati sunt ducem periisse; itatque colloquium coram eo fieri velle dixerunt. Menand., Exc. leg., p. 112.

La situation devenait difficile. Théodore, qui était citoyen de Sirmium, où il occupait un rang distingué, après avoir mûrement réfléchi, pensa qu'il pouvait garantir la vie de Bonus sans compromettre la sûreté de sa patrie: il appliqua un baume puissant sur la blessure, la banda fortement, et fit placer le général à cheval[910]. Les Avars en l'apercevant se trouvèrent passablement désappointés. La conférence commença. Les Huns exposèrent leur prétention sur la propriété de Sirmium, et demandèrent en outre l'extradition d'un chef gépide appelé Ousdibade, celui-là même probablement qui venait de livrer la ville aux Romains. Leurs raisons se résumaient ainsi: «Tout Gépide nous appartient comme esclave, de même que toute chose possédée par les Gépides nous appartient en propriété.» Ils s'exhalèrent ensuite en plaintes sur l'injustice de l'empereur envers de si bons amis, qui ne désiraient que deux choses: vivre en paix et le servir. Bonus déclina toute espèce d'examen de leurs propositions; il était chargé, disait-il, de défendre Sirmium et nullement de faire un traité; toutefois il consentirait volontiers à faire passer leurs ambassadeurs sur le territoire romain, s'ils voulaient s'adresser à l'empereur. Baïan, à qui cette réponse fut portée, la trouva juste et raisonnable; mais il ajouta qu'il était fort embarrassé de ce que penseraient de lui les peuples qu'il avait traînés à la guerre. «J'ai honte, disait-il, de m'en retourner sans avoir rien fait et sans rien remporter que je puisse faire voir comme un gain de cette campagne[911]. Envoyez-moi quelques présents de peu de valeur, afin que je ne paraisse pas avoir essuyé inutilement les fatigues de cette expédition, car à mon départ je n'ai rien pris avec moi, et si vous ne me venez en aide pour mon honneur, je ne partirai pas d'ici[912].» Cette demande, qui peut nous paraître étrange, l'était beaucoup moins dans l'idée des barbares d'Asie. Ne rien rapporter d'une course était bien pis qu'avoir été battu en sauvant son butin, et Baïan, qui voulait renouer ses négociations avec les Romains, tenait à prouver que les Romains avaient fait vers lui le premier pas. Ce qui est certain, c'est que les Sirmiens présents à la conférence, particulièrement l'évêque de la ville, trouvèrent la demande de Baïan fort sensée et l'appuyèrent près du duc Bonus; Baïan d'ailleurs, fort modéré dans ses prétentions, ne réclamait qu'une coupe d'argent, une petite somme en or et un habit à la scythique[913]. Bonus et son conseil n'osèrent rien prendre sur eux. «Les Romains, fut-il répondu au kha-kan, avaient un maître prompt à s'irriter et dont il fallait attendre les ordres[914]; de plus, ni Bonus ni les siens n'avaient avec eux autre chose que ce qui était nécessaire dans un camp, leurs armes et leurs habits, et assurément le kha-kan ne leur conseillerait pas de se déshonorer en livrant leurs armes.»--«Si l'empereur veut t'obliger en te faisant des présents, dit encore Bonus, j'en serai heureux pour mon compte; j'exécuterai ses ordres avec empressement, et je m'efforcerai d'être agréable à un serviteur et ami de mon seigneur.» Baïan accueillit ces excuses avec des invectives et des menaces, et jura qu'il ferait le dégât sur les terres de l'empire. «Eh bien donc! répliqua Bonus, l'empire te châtiera.[915]» A quelque temps de là, dix mille Coutrigours firent irruption dans la Dalmatie[916], qu'ils mirent à feu et à sang, et dont ils occupèrent plusieurs cantons. Le kha-kan protesta que c'était sans son aveu, et qu'il n'était pas responsable de ce que faisaient ces peuples turbulents; en effet, comme s'il eût été complétement étranger à ce qui venait de se passer, il envoya une ambassade pacifique à Constantinople.

[Note 910: ][(retour) ] Tunc Theodorus qui, quod publice intererat præcipue spectabat..... vulnere unguento illito, ei auctor fuit ut extra urbem progrederetur... Menand., ub. sup.

[Note 911: ][(retour) ] Recta quidem cum et justa dixisse Baïainus censuit; sed hæc subjecit: Sane ego propter gentes quæ me ad bellum secutæ sunt, verecundia ducor, et me pudet, nulla re effecta, recedere... Menand., Exc. leg., p. 113.

[Note 912: ][(retour) ] Parva munuscula ad me mittite: etenim e Scythia huc transmittens nihil quicquam mecum extuli, et mihi impossibile est, si nihil rei quod me juvet percepero, hinc excedere... Menand., ibid.