[Note 298: ][(retour) ] Quem Romæ vidimus legationem obeuntem, nondum lanugine efflorescere incipiente, flava coma et capillis propter densitatem et magnitudinem super humeros effusis.... Id., ibid.
Il ne tarda pas à la connaître. Attila l'informa, par un nouveau message; qu'il avait avec les Visigoths une querelle dont il l'invitait à ne se point mêler[299]. «Les Visigoths, disait-il, étaient des sujets échappés à la domination des Huns, mais sur lesquels ceux-ci n'avaient point abandonné leurs droits. D'ailleurs n'étaient-ils pas aussi pour l'empire des ennemis dangereux? Après avoir rempli l'Orient et l'Occident de leurs pillages, observaient-ils fidèlement leurs obligations dans les cantonnements qu'ils tenaient de la munificence des Romains? Loin de là, ils vivaient à leur égard dans un état de guerre perpétuelle: Attila se chargeait de les châtier au nom des Romains comme au sien.» Valentinien eut beau lui faire observer qu'il n'était point en guerre avec les Visigoths, et que, s'il l'y était, il ne chargerait personne de sa vengeance; que les Visigoths vivant en Gaule sous l'abri de l'hospitalité romaine, vouloir les attaquer, c'était attaquer l'empire romain, et qu'enfin Attila n'arriverait point jusqu'à eux sans bouleverser de fond en comble les États d'un prince dont il se disait le serviteur: le roi hun n'en fit pas moins à sa guise, et déclara qu'il allait partir. Mais, en même temps qu'il tâchait d'endormir Valentinien par des flatteries, il mandait à Théodoric de ne se point inquiéter, qu'il n'entrait en Gaule que pour briser le joug des Romains et partager le pays avec lui[300]. Ces feintes assurances d'amitié parvinrent au roi goth en même temps qu'une lettre de la chancellerie impériale ainsi conçue: «Il est digne de votre prudence, ô le plus courageux des Barbares, de conspirer contre le tyran de l'univers, qui veut forcer le monde entier à plier sous lui, qui ne s'inquiète pas des motifs d'une guerre, mais regarde comme légitime tout ce qui lui plaît. C'est à la longueur de son bras qu'il mesure ses entreprises; c'est par la licence qu'il assouvit son orgueil[301]. Sans respect du droit ni de l'équité, il se conduit en ennemi de tout ce qui existe... Forts par les armes, écoutez vos propres ressentiments; unissons en commun nos mains; venez au secours d'une république dont vous possédez un des membres[302].» On dit qu'à la lecture de ces dépêches contradictoires, Théodoric, vivement troublé, s'écria: «Romains, vos vœux sont donc accomplis; vous avez donc fait d'Attila, pour nous aussi, un ennemi![303]» Il donna aux messagers de Valentinien de vagues paroles d'assistance; mais il se promit bien de laisser les Romains vider seuls cette querelle, et d'attendre dans son cantonnement qu'il plût aux Huns de l'y venir attaquer. Cependant Attila disposait en toute hâte ses troupes pour leur entrée en campagne. Il ne parlait toujours que des Visigoths, et les apparences semblaient démontrer qu'une invasion de la Gaule était son véritable but; mais telles étaient l'idée qu'on se faisait de son astuce et la défiance qu'on avait de ses paroles, qu'Aëtius, incertain lui-même si cette démonstration ne cachait pas un piége, n'osa pas quitter l'Italie.
[Note 299: ][(retour) ] Asserens se reipublicæ ejus amicitias in nullo violare, sed contra Theodericum Vesegotharum regem sibi esse certamen, unde eum excipi bilenter optaret. Jorn., R. Get., 36.
[Note 300: ][(retour) ] Pari etiam modo ad regem Vesegotharum Theodericum erigit scriptum, hortans ut a Romanorum societate discederet, recoleretque prælia, quæ paulo aute contra eum fuerant concitata sub nimia feritate. Jorn., R. Get., 36.
[Note 301: ][(retour) ] Ambitum suum brachio metitur, superbiam licentia satiat. Id., l. c.
[Note 302: ][(retour) ] Armorum potentes, favete propriis doloribus et communes jungite manus: auxiliamini etiam reipublicæ cujus membrum tenetis. Jorn., R. Get., 36.
[Note 303: ][(retour) ] Habetis. Romani, desiderium vestrum; fecistis Attilam et nobis hostem. Id., R. Get., ibid.
L'histoire nous a laissé le funèbre dénombrement de cette armée dont les masses encombraient non-seulement les abords du Danube, mais les campagnes environnantes. Jamais, depuis Xercès, l'Europe n'avait vu un tel rassemblement de nations connues ou inconnues; on n'y comptait pas moins de cinq cent mille guerriers[304]. L'Asie y figurait par ses plus hideux et plus féroces représentants: le Hun noir et l'Acatzire, munis de leurs longs carquois; l'Alain, avec son énorme lance et sa cuirasse en lames de corne, le Neure, le Bellonote; le Gélon, peint et tatoué, qui avait pour arme une faux, et pour parure une casaque de peau humaine. Des plaines sarmatiques étaient venues sur leurs chariots les tribus basternes, moitié slaves, moitié asiatiques, semblables aux Germains par l'armement, aux Scythes par les mœurs, et polygames comme les Huns. La Germanie avait fourni ses nations les plus reculées vers l'ouest et le nord: le Ruge des bords de l'Oder et de la Vistule, le Scyre et le Turcilinge, voisins du Niémen et de la Düna, noms alors obscurs, mais qui devaient bientôt cesser de l'être; ils marchaient armés du bouclier rond et de la courte épée des Scandinaves. On voyait aussi l'Hérule, rapide à la course, invincible au combat, mais cruel et la terreur des autres Germains, qui finirent par l'exterminer. Ni l'Ostrogoth ni le Gépide ne manquaient à l'appel; ils étaient là avec leur infanterie pesante, si redoutée des Romains. Le roi Ardaric commandait les Gépides; trois frères du sang des Amales, Valamir, Théodemir et Vidémir, se montraient en tête des Ostrogoths. Quoique la royauté fût par élection dans les mains de Valamir l'aîné, il avait voulu la partager avec ses frères, qu'il aimait tendrement. Les chefs de cette fourmilière de tribus, tremblants devant Attila, se tenaient à distance, comme ses appariteurs ou ses gardes, le regard fixé sur lui, attentifs au moindre signe de sa tête, au moindre clignement de ses yeux: ils accouraient alors prendre ses ordres, qu'ils exécutaient sans hésitation et sans murmure[305]. Il en était deux qu'Attila distinguait particulièrement au milieu de cette tourbe, et qu'il appelait à tous ses conseils: c'étaient les deux rois des Gépides et des Ostrogoths. Valamir apportait dans ses avis une franchise, une discrétion et une douceur de langage qui plaisaient au roi des Huns; Ardaric, une rare prudence et une fidélité à toute épreuve[306]. Telle était cette armée, qui semblait avoir épuisé le monde barbare, et qui cependant n'était pas encore complète. Le déplacement de tant de peuples fit comme une révolution dans la grande plaine du nord de l'Europe; la race slave descendit vers la mer Noire pour y reprendre les campagnes abandonnées par les Ostrogoths, et qu'elle avait jadis possédées; l'arrière-ban des Huns noirs et l'avant-garde des Huns blancs, Avares, Bulgares, Hunugares, Turks, firent un pas de plus vers l'Europe. Les dévastateurs de tout rang, les futurs maîtres de l'Italie, les remplaçants des césars d'Occident, se trouvaient là pêle-mêle, chefs et peuples, amis et ennemis. Oreste put y rencontrer Odoacre, simple soldat turcilinge, et le père du grand Théodoric, l'Ostrogoth Théodemir, était un des capitaines d'Attila: toutes les ruines du monde civilisé, toutes les grandeurs prédestinées du monde barbare semblaient faire cortége au génie de la destruction.
[Note 304: ][(retour) ] Quelques auteurs disent même sept cent mille.
........ Subito cum rupta tumultu
Barbaries, totas in te transfuderat arctos,
Gallia. Pugnacem Rugum comitante Gelono,
Gepida trux sequitur, Scyrum Burgundio cogit:
Chunns, Bellonotus, Nearus, Basterna, Toringus,
Bructerus, ulvosa quem vel Nicer abluit unda,
Prorumpit Francus.....
Sidon. Apoll., Paneg. Avit., v. 319.
D'autres auteurs nomment divers autres peuples; Procope dit qu'il traînait après lui les Massagètes et les autres Scythes.--Cf. Jorn., R. Get., ub. sup.--Hist. Miscel., l. xv.--Proc., Bell. vand.,. i. 4.
[Note 305: ][(retour) ] Reliqua autem, si dici fas est, turba regum, diversarumque nationum ductores, ac si satellites, nutibus Attilæ attendebant, et ubi oculo annuisset, absque aliqua murmuratione eum timore et tremore unusquisque adstabat, aut certe quod jussus fuerat, exsequebatur. Jorn., R. Get., 38.