[Note 314: ][(retour) ] Recolite Thoringes quondam super parentes nostros violenter advenisse... Greg. Tur., Hist. Fr., iii, 7.

Ce fut comme une nuée d'insectes dévorants qui s'appesantit sur les deux Germanies et la seconde Belgique. Tout fut pillé, ruiné, affamé. La division orientale, après avoir battu les Burgondes de Gondicaire, avait détruit de fond en comble les villes d'Augst, de Vindonissa et d'Argentuaria, des débris desquelles naquirent plus tard Bâle, Windisch et Colmar; ses éclaireurs poussèrent même jusqu'à Besançon. Strasbourg, Spire, Worms, Mayence, tombèrent l'une après l'autre aux mains des Huns[315]. A l'aile droite d'Attila, Tongres et Arras eurent le même sort[316]. Un moment le front de l'armée hunnique occupa la Gaule dans toute sa largeur depuis le Jura jusqu'à l'Océan. Quoique Attila vît à regret la prolongation de ces pillages, qui disséminaient ses troupes et lui enlevaient un temps précieux pour l'exécution de son plan de campagne, il les tolérait par nécessité, afin de faire vivre son armée, ou par calcul, afin de l'animer. Lui-même, à son départ de Trèves, vint assiéger Metz, ne voulant pas laisser derrière lui une place si forte, qui dominait les principales routes des Gaules, celles qui mettaient le nord en communication avec le midi, et Trèves et Strasbourg avec la ville métropolitaine d'Arles, résidence actuelle des préfets du prétoire. Cependant, dépourvu de machines suffisantes et inexpert d'ailleurs à de telles opérations, il leva le siége tout découragé, après avoir battu longtemps du bélier les murailles de la ville[317]. Il se trouvait déjà à vingt et un milles plus loin, occupé à détruire le château de Scarpone, lorsqu'il fut informé qu'un pan des murs de Metz s'était écroulé subitement. Sauter à cheval, franchir cette distance et accourir sur la brèche, ce fut pour les Huns l'affaire de quelques heures[318]. Ils arrivèrent en pleine nuit, la veille de Pâques, qui tombait cette année-là au 8 avril. L'évêque s'était retiré dans l'église avec son clergé; il fut épargné et emmené captif, mais ses prêtres furent tous égorgés au pied de l'autel. Les habitants périrent soit par l'épée, soit dans les flammes de leurs maisons, qui furent réduites en cendre; on rapporte qu'il ne resta debout qu'un oratoire consacré à saint Étienne, premier martyr et diacre[319]. De Metz, Attila se dirigea sur Reims.

[Note 315: ][(retour) ] Buch. Hist. Belg., p. 512.--Bolland., 6 feb., p. 792.--Monach. s. Marian. Chron., p. 62.--Sur. 8 jun. p. 135, etc.

[Note 316: ][(retour) ] Greg. Tur., Hist. Franc., ii, p. 5.--Paul. Diac., Episc. Mettens. ap. D. Bouquet; Script. R. Gall et Fr., t. i, p. 649.

[Note 317: ][(retour) ] Paul. Diac. De Episc. Met.; apud D. Bouquet, Rer. Gall. et Franc. script., t. i, p. 649, 650.

[Note 318: ][(retour) ] Audientes Hunni qui duodecimo exinde milliario situm castrum quod Scarponna dicitur obsidebant, Mettensis urbis mœnia corruisse, iteratò ad eam festina celeritate regressi sunt. Paul. Diac. De Episc. Mett., ub. sup., p. 650.

[Note 319: ][(retour) ] Incendiis et rapinis universa vastantes plures e civibus... interemerunt, reliquos vero simul cum sancto Auctore episcopo captivos abducunt. Paul. Diac. ap. D. Bouq., t. i, p. 650.--In ipsa Paschæ vigilia, urbe flammis data, populo in ore gladii trucidato, sacerdotibus Domini ante sacro-sancta altaria interemptis, templis omnibus, excepto sancti Stephani oratorio, concrematis... Id., ibid.

La grande et illustre capitale des Rèmes ne lui coûta pas tant de peine à enlever: elle était presque déserte, ses habitants s'étant retirés dans les bois[320]; mais l'évêque, nommé Nicasius, restait avec une poignée d'hommes courageux et fidèles pour attendre ce qu'il plairait à Dieu. Quand il vit, après la rupture des portes, les Barbares se précipiter dans la ville, il s'avança vers eux sur le seuil de son église, entouré de prêtres, de diacres, et suivi d'une troupe de peuple qui cherchait protection près de lui. Revêtu des ornements épiscopaux, l'évêque chantait d'une voix forte ce verset d'un psaume de David: «Mon âme a été comme attachée à la terre; Seigneur, vivifie-moi selon ta parole.» Un violent coup d'épée trancha dans son gosier la sainte psalmodie, et sa tête roula à terre près de son cadavre[321].

[Note 320: ][(retour) ] Diu civitate manente solitaria.--Civium pars maxima qui ad montes et sylvas fugerant... Vit. S. Nicas. Frodoard., in Martyr, ap. Rem., p. 113.

[Note 321: ][(retour) ] Trux miles confestim stricto muerone jussus irruit; nec tamen insequenti gladio cervicem cæsi, verbum pietatis ab ore defecit, sed capite in terram cadente, sententiam, ut traditur, immortalitatis prosecutus est dicens: Vivifica me secundum verbum tuum. Vit. S. Nicas, ap. Frodoard in Martyr. Rem., p. 113.