[Note 423: ][(retour) ] Attila cum paucis reversus est. Greg. Tur., Hist. Franc., II, 7.--Hunni pene ad internecionem prostrati cum rege suo Attila, relielis Galliis, fugiunt... Isid. Hispal., Hist. Goth. Ap. D. Bouquet, t. I, p. 619.

[Note 424: ][(retour) ] Greg. Tur., Hist. Franc., III, 7.

CHAPITRE SEPTIÈME

Attila réunit une nouvelle armée pour entrer en Italie.--L'envie se déchaîne contre Aëtius; on l'accuse de trahir l'empire.--Aëtius veut emmener l'empereur en Gaule; il y renonce.--Son plan de campagne; l'armée romaine est concentrée en deçà de la ligne du Pô.--Les Huns traversent les Alpes Juliennes.--Siége d'Aquilée.--Force de cette ville; son importance commerciale et maritime.--Vains efforts d'Attila pour s'en emparer.--Des cigognes lui pronostiquent la chute d'une tour.--La ville tombe en son pouvoir.--Héroïsme d'une jeune femme.--Traditions relatives au siége d'Aquilée.--Les Aquiléens se retirent à Grado.--Fondation de Venise.--Lettre de Cassiodore aux tribuns des lagunes.--Ravage de la Vénétie et de la Ligurie par les Huns.--Attila à Milan.--Il veut attaquer Rome; craintes superstitieuses des Huns.--Rome députe vers lui le pape Léon.--Caractère et mérite du pape Léon.--Son entrevue avec le roi des Huns; celui-ci consent à la paix.--Il réclame encore une fois la princesse Honoria.--Retraite de l'armée des Huns par le Norique.--Une druidesse arrête Attila an passage du Lech.--Attila menace l'empire d'Orient.--Erreur de Jornandès au sujet d'une seconde campagne d'Attila dans les Gaules.

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Attila était-il vaincu? Il prétendait bien que non, et, aux yeux de son peuple, il ne l'était point. Regagner ses foyers, sain et sauf, en compagnie d'une partie de ses troupes et de ses chariots pleins de butin, ce n'était pas revenir vaincu, au moins d'après les idées que les peuples nomades se font de la guerre, et, afin d'ajouter au fait une démonstration qui parût sans réplique, Attila, dès le printemps suivant, entra en Italie avec une armée reposée et complétée[425].

[Note 425: ][(retour) ] Redintegratis viribus quas in Gallia miserat... Prosp. Aquit., Chron. ad ann. 452.

Au reste, les Huns n'étaient pas les seuls à prétendre, que leur roi n'avait point été vaincu; les ennemis personnels d'Aëtius, les envieux, les flatteurs de la cour impériale, où la puissance du patrice était redoutée, le criaient encore plus haut. Ceux-là même qui reconnaissaient que le champ de bataille de Châlons était resté aux aigles romaines en attribuaient l'honneur à Théodoric et à ses Visigoths. Dans cette cour, réceptacle de toutes les lâchetés, on aimait mieux abaisser Rome devant des Barbares, alliés incertains et dangereux, que d'avouer qu'elle devait son salut au génie d'un grand général. La haine alla plus loin: elle peignit l'organisateur de la défense des Gaules, le vainqueur de Châlons, le tacticien habile qui aurait peut-être détruit les Huns jusqu'au dernier sans la désertion des Visigoths, comme un traître, coupable d'avoir laissé échapper Attila pour se rendre lui-même nécessaire[426]. Qu'était-ce pour lui qu'Attila, répétait la tourbe des détracteurs, sinon l'instrument de sa fortune, l'épouvantail au moyen duquel il régnait sur l'empereur et sur l'empire, et leur faisait sentir perpétuellement le poids de son épée? Et l'on ne manquait pas de rappeler les anciennes relations d'Aëtius avec la nation des Huns, l'amitié que lui portait le roi Roua, oncle d'Attila, et les troupes qu'il avait reçues de ce Barbare pour rentrer dans l'empire après son exil. On semblait en conclure qu'Aëtius rendait au neveu les services qu'il devait à l'oncle. Des calomnies de ce genre, et d'autres encore dont on retrouve la trace çà et là dans les écrivains de ce siècle et du siècle suivant, ébranlaient l'autorité morale du patrice au moment où cette autorité seule pouvait ranimer des esprits paralysés par la peur. Il faut le dire aussi, Aëtius prêtait le flanc aux attaques par son orgueil démesuré et par des prétentions qui s'élevaient presque jusqu'au trône, car il s'était mis en tête de marier son fils Gaudentius à la princesse Eudoxie, fille de Valentinien, et l'empereur entretint cette espérance tant qu'il eut besoin de lui[427]: ce fut toute l'histoire de Stilicon, sa grandeur, son ambition et sa chute.

[Note 426: ][(retour) ] Nihil duce nostro Aëtio secundum prioris belli opera prospiciente, ita ut ne clusuris quidem Alpium, quibus hostes prohiberi poterant, uteretur... Prosp. Aquit., Chron. ad ann. 452.