[Note 549: ][(retour) ] Nuntius veniens felicius in domo Theodemiri repperit gaudium; ipso siquidem die Theodericus ejus filius, quamvis de Erelieva concubina bonæ tamen spei puerulus, natus erat. Jorn., R. Get., 50.
La confiance des fils d'Attila ne résista pas à ce second échec. Forcés de reconnaître que la puissance de leur père, dont ils avaient été si mauvais gardiens, leur était échappée pour toujours et que c'en était fait de l'empire d'Attila, ils renoncèrent à toute entreprise qui aurait pour objet de le relever. Ils convinrent même de se séparer ou du moins de donner à chacun la liberté de se choisir un parti. Le plus grand nombre opina pour le maintien des vieilles habitudes et la continuation de la vie nomade dans les plaines situées au nord du Danube et le long de la Mer Noire; ceux-là se rattachèrent à Denghizikh, le plus énergique d'entre eux. Il y en eut, en moindre nombre, à qui il plut d'essayer de la vie sédentaire et de quitter le campement des nomades; ils eurent de plus l'idée, assez étrange pour des fils d'Attila, de faire soumission au gouvernement romain, afin d'obtenir de lui un territoire à cultiver. Hernakh nous apparaît ici comme l'auteur de cette résolution ou du moins comme le plus important de ceux qui l'exécutèrent. Le gouvernement romain reçut ces ouvertures mieux peut-être que les Huns ne s'y étaient attendus. Hernakh fut autorisé à se fixer dans la province de Petite-Scythie[550]; on lui traça son cantonnement à l'extrémité septentrionale, autour des bouches du Danube, dans ces bas-fonds marécageux que la guerre avait dépeuplés. Après avoir juré de remplir toutes les obligations attachées au titre d'hôte et de fédéré de l'empire, il établit sa tribu sous le jet des balistes romaines, autour des places démantelées autrefois par son père, et qu'il s'engageait maintenant à défendre, fût-ce même contre sa race.
[Note 550: ][(retour) ] Quidam ex Hunnis in parte Illyrici sedes sibi datas coluere;... se in Romaniam dederunt. Jorn., R. Get., 50.
L'établissement d'Hernalch entraîna celui du roi alain Candax et de son petit peuple, qui paraissent avoir été dans la clientèle du jeune fils d'Attila[551]; ils furent admis aux mêmes conditions que lui et cantonnés, en partie sur le plateau méridional de la Petite-Scythie, près du rempart de Trajan, en partie dans la Mésie inférieure[552], près du Danube, autour des forteresses de Carsus[553] et de Durostorum[554]. Des bandes de Germains de la nation des Scyres et des Huns Satagares se joignirent à Candax et furent probablement colonisés dans l'intérieur, sur la frontière septentrionale des Mésogoths. Bientôt on vit arriver une émigration plus considérable, conduite par les frères consanguins d'Hernakh, Emnedzar et Uzindour, qui dans cette dispersion de la famille, ne voulurent pas se séparer de leur jeune frère. Entrés dans la Dacie riveraine, ils occupèrent les bords de l'Uto et de l'Œscus vers leurs confluents avec le Danube, et devinrent voisins de Noves[555], et de Nicopolis. Si le gouvernement romain n'autorisa pas d'avance cette prise de possession, il la légitima par son consentement ultérieur.
[Note 551: ][(retour) ] Hernach, junior Attilæ filius, cum suis, in extremo minoris Scythiæ sedes delegit. Jorn., R. Get., ibid.
[Note 552: ][(retour) ] Cæteri Alanorum, cum duce suo nomine Candax, Scythiam minorem inferioremque Mœsiam accepere. Id., ibid.
[Note 553: ][(retour) ] Actuellement Hirsova.
[Note 554: ][(retour) ] Silistrie.
[Note 555: ][(retour) ] Aujourd'hui Sistova.
La brèche une fois ouverte, d'autres chefs, d'autres tribus s'y précipitèrent à l'envi; ce fut une invasion, dit Jornandès, invasion pacifique que l'empire ne désavoua point[556]. C'est ainsi que des Sarmates, des Cémandres et des Huns allèrent se fixer dans de vastes campagnes autour d'un château alors fameux, appelé château ou champ de Mars, et construit dans une forte position sur la rive de Mésie[557]. D'autres émigrants, probablement les plus déterminés, furent distribués par groupes dans la Mésie supérieure et la Pannonie, le long des frontières des Ostrogoths et jusqu'au pied des Alpes Noriques. Le but évident de cette dernière colonisation était de surveiller les Goths, ces prétendus amis de l'empire qui n'avaient pas tardé à l'inquiéter; la haine que se portaient les deux races mises ainsi en présence parut aux Romains une garantie de la bonne conduite et de la fidélité des Huns.