[Note 620: ][(retour) ] Dans slova, parole, l'l est aspirée et se prononce avec un son fortement guttural. En polonais il y a deux l, l'une simple, l'autre aspirée qu'on appelle barrée, à cause du caractère alphabétique employé pour l'exprimer. En russe, il n'y a qu'une seule l, elle se prononce toujours légèrement barrée. Cette prononciation, très-difficile à saisir avec les caractères grecs ou latins, a été rendue aussi bien que possible par cl et thl dans les mots Sclavi, Sthlavi, Sclavini, Sthloveni: Slaves et Slovènes. Ptolémée paraît avoir connu les Slaves sous les noms de Σουόβηνοι et Σουουηνοί.

[Note 621: ][(retour) ] Nomen etiam quondam Sclavenis Antisque unum erat... una est lingua.... Procop., Bell. Goth., III, 14.

[Note 622: ][(retour) ] Antes qui sunt eorum fortissimi, qui ad Ponticum mare curvantur, a Danastro extenduntur usque ad Danubium. Jorn., R. Get., 51.--Ulteriora ad septentrionem habent Antarum populi infiniti. Procop., Bell. Goth., IV, 14.

[Note 623: ][(retour) ] Introrsus Dacia est, ad coronæ speciem arduis alpibus emunita, juxta quarum sinistrum latus, quod in Aquilonem vergit et ab ortu Vistulæ fluminis per immensa spatia venit, Winidarum natio populosa consedit. Jorn., R. Get.--Winidae, Veneti, Vendi, Venedi, Winithi.--Tenent Sarmatiam maxime gentes Venedæ per totum Venedicum sinum. Venedicus sinus: la mer Baltique. Ptolem., Geogr., III, p. 73.

[Note 624: ][(retour) ] Les Slaves russes se nommaient Slovènes.--Slovènes de Bohême; Slovakes de Hongrie et de Pologne, etc.

L'apparition des Slaves n'eut rien de rassurant pour le monde civilisé: cette nouvelle barbarie présentait un spectacle on ne peut plus sombre et repoussant. Si longtemps asservie sous des conquérants qui consommaient sans produire et pour lesquels elle travaillait, la race slave avait pris les habitudes de la vie sédentaire; elle connaissait les premiers rudiments des arts. mais sa grossière industrie avait des bornes bien étroites. Ce qu'on appelait ses villes n'était qu'un amas de cabanes malsaines, disséminées sur de grands espaces et cachées comme des tanières de bêtes fauves dans la profondeur des bois, au milieu des marais, sur des roches abruptes, partout en un mot où l'homme pouvait aisément se garer de l'homme[625]. La misère et une malpropreté hideuse y faisaient leur séjour[626]. Là pullulaient des familles ou des groupes de familles dans une complète promiscuité, vivant nus à l'intérieur des cabanes, et au dehors se couvrant à peine de la dépouille des bêtes ou de lambeaux d'une étoffe noirâtre que les femmes savaient tisser[627]. Quelques tribus se barbouillaient de suie de la tête aux pieds en guise de vêtement[628]. Le Slave mangeait la chair de toute espèce d'animaux même les plus immondes; mais le millet et le lait composaient surtout sa nourriture. Naturellement paresseux et ami du plaisir, il avait des vertus hospitalières: il recherchait les étrangers et les traitait bien[629], on vantait aussi la fidélité de sa parole[630]; mais ces bonnes qualités avaient de terribles retours. A son état habituel d'apathie succédaient des accès de violence féroce; alors il devenait sans pitié, et son imagination exaltée par l'enivrement du carnage lui fit inventer des supplices, qu'on n'oublia plus, qui sont demeurés jusqu'à nous comme une triste conquête de la cruauté humaine[631]. Le guerrier slave, marchant tête et poitrine nues, un long coutelas au côté, et dans la main un paquet de javelots dont le fer était empoisonné[632], ressemblait à un chasseur d'hommes. Pour lui en effet, la guerre n'était qu'une chasse. Se battre en ligne, se former en rangs serrés, coordonner ses mouvements sur des combinaisons d'ensemble, était un art que son intelligence n'atteignait pas encore: sa tactique à lui, c'était celle des embuscades. Il excellait à se tapir derrière une pierre, à ramper sur le ventre parmi les herbes, à passer des journées entières dans une rivière ou un marais, plongé dans l'eau jusqu'aux yeux, et ne respirant qu'à l'aide d'un roseau[633]; là il guettait patiemment son ennemi pour s'élancer ensuite sur lui avec la souplesse et la vigueur des animaux qu'il semblait avoir pris pour modèles.

[Note 625: ][(retour) ] Hi paludes sylvasque pro civitatibus habent. Jorn., R. Get., 5.--In tuguriis habitant vilibus et rare sparsis, atque habitationis locum subinde mutant. Procop., Bell. Goth., III, 14.

[Note 626: ][(retour) ] Vitam victu arido incultoque tolerant, sordibus et illuvie semper obsiti. Procop., ibid.

[Note 627: ][(retour) ] C'est pour cette raison que plusieurs de leurs tribus furent appelées par les Grecs Mélanchlènes.

[Note 628: ][(retour) ] Tincta corpora. Tacit., Germ., 43. Les Lygies à qui il attribue cette coutume de se teindre en noir sont les ancêtres des Lèches, ancêtres eux-mêmes des Polonais.