[Note 581: ][(retour) ] Canuntur adhuc fortium res gestæ resonanti lyra aut flebili chely, quam patria lingua kobza vocant... Disquisit. de regn. hungar. Auct. Martin. Schödel Hungar. Argentorat., 1629.

[Note 582: ][(retour) ] Isti capitanei septem, de se ipsis cantilenas fecerunt inter se decantari, ob plausum sæcularem et divulgationem sui nominis... Chron. Bud. Edit. 1803, ii, p. 46.--Thwrocz., ii.

[Note 583: ][(retour) ] S. Stephanus omnes illicite prodeuntes corrigebat; istorum generationes vidit per domos et tabernas cantando, ad ipsorum sectas et trussas. Sim. Kez., c. ii, § 1, cum not. Bud. 1833.

L'histoire de Hongrie est pleine de faits qui nous montrent le goût des Magyars pour la poésie nationale, et la permanence d'une sorte d'histoire chantée: ce goût triomphe de toutes les tentatives faites pour le déraciner. Il est général sous les ducs et rois de la dynastie d'Arpad. L'avénement de la maison française d'Anjou au trône de saint Étienne ne change rien à cet état des esprits, ou plutôt Louis Ier, le plus grand roi qu'ait eu la Hongrie et le plus national malgré son origine étrangère, se prend lui-même de passion pour ces chants traditionnels, qui étaient comme l'âme de sa patrie adoptive[584]. Jean Hunyade, fondateur d'une dynastie indigène au xve siècle, ne connaissait pas d'autre littérature, et Mathias Corvin, tout savant qu'il était, tout admirateur des poëtes grecs et romains, avait en prédilection les vieilles poésies magyares: il ne se mettait jamais à table sans qu'il y eût dans la salle du repas des jongleurs armés de leur kobza[585]. Un auteur contemporain de Mathias Corvin, maître Jean Thwroczi, nous parle des chansons composées et chantées de son temps en l'honneur d'Étienne Konth, de la maison d'Herderwara. Il serait superflu, je pense, de relever dans les chroniques et dans les légendes des saints tous les passages prouvant la popularité de ce genre de transmission, au moins jusqu'au xvie siècle.

[Note 584: ][(retour) ] Sa mère Élisabeth ne voyageait qu'accompagnée de jongleurs. Cromer. Hist. Polon., p. 329.

[Note 585: ][(retour) ] In ejus convivio disputatur... aut carmen cantatur: sunt enim ibi musici et cytharædi, qui fortium gesta, in lingua patria, ad mensam in lyra decantant. Galeot. Mart. De Dict. et Fact. Math. reg., 17 et 31.

La poésie nationale eut pourtant chez les Hongrois beaucoup d'ennemis, dont le premier et le plus redoutable fut le christianisme, qui la rencontrait en face de lui comme une gardienne vigilante de la vieille barbarie et un adversaire de toute nouveauté. Les chants magyars, historiques et guerriers, étaient, par leur nature même, saturés de paganisme; on y rapportait aux dieux les exploits et les conquêtes de la nation; on y parlait sans cesse d'aldumas, festins religieux où petits et grands, confondus à la même table, s'enivraient en mangeant de la chair de cheval consacrée par les prêtres; le mépris de l'étranger, la haine des croyances étrangères, respiraient dans la poésie d'un peuple qui était alors l'effroi de l'Europe. Aussi poëtes, chanteurs et chansons furent-ils l'objet des anathèmes de l'Église. Plusieurs conciles fulminèrent des menaces d'excommunication contre quiconque répéterait ces chansons ou les écouterait; les ecclésiastiques eux-mêmes reçurent à ce sujet plus d'un avertissement des canons[586]; mais anathèmes et menaces, tout fut inutile: pour détruire les chansons nationales, il aurait fallu refaire la nation. Tout se chantait chez les Hongrois, la kobza n'était de trop nulle part. On avait chanté la loi avant de l'écrire, et l'on consulta plus tard les chansons pour y retrouver les coutumes, les institutions politiques, la loi civile elle-même[587]. Enfin c'était au son d'une formule chantée que le héraut d'armes parcourait le pays, une lance teinte de sang à la main, pour appeler aux diètes de la nation tous les hommes valides. Les révolutions religieuses s'accomplissaient encore au chant de poëmes composés pour la circonstance. L'histoire nous parle d'une révolte païenne arrivée en 1061 sous le règne du roi Béla Ier. Le peuple soulevé déterre les idoles, profane les églises, égorge tout ce qui porte un habit ecclésiastique, tandis que les prêtres païens, grimpés sur des échafauds, hurlent des chansons telles que celles-ci: «Rétablissons le culte des dieux, lapidons les évêques, arrachons les entrailles aux moines, étranglons les clercs, pendons les préposés des dîmes, rasons les églises et brisons les cloches!» Le peuple, en dérision du christianisme, répondait à cette épouvantable oraison: «Ainsi soit-il[588]

[Note 586: ][(retour) ] Synod. Budens. Can. 8. ap. Peterffy, Concilia Hungar., t. i.--Katon. Hist. crit. regn. Hung., t. iii, p. 320.

[Note 587: ][(retour) ] Steph. de Werbewcz. De Jur. tripart. Prœfat.--Schödel, Disquisit. de regn. hungar. Proœm.

[Note 588: ][(retour) ] Plebs constituit sibi præpositos quibus præparaverunt orcistrum de lignis... Interim vero præpositi in eminenti residentes prædicabant nefanda carmina contra fidem... More paganico vivere, episcopos lapidare, presbyteros exinterare, clericos strangulare, decimatores suspendere, ecclesias destruere, et campanas confringere... Plebs autem tota congratulanter affirmabat: Fiat, fiat. Chronicon. Budense. Ad ann. 1061.