[Note 120: ][(retour) ] Equestre certamen ad eum suscipiendum paratum. Id. ibid.--Quod Heracleæ ludi circenses celebrandi essent. Chron. Pasch.
[Note 121: ][(retour) ] Multis proceribus et civibus, clericis atque opificibus ac plebe infinita... Chron. Pasch.
[Note 122: ][(retour) ] Plurimis etiam ex utraque factione... Id., ibid.
Le kha-kan s'était mis en marche de son côté non avec des histrions et des cochers du cirque, mais avec de braves soldats, l'élite de son armée, car il méditait la trahison la plus noire dont on eût jamais entendu parler dans les annales des nations; il n'avait même proposé la ville d'Héraclée que pour la commodité de son projet. Déjà, depuis qu'il était question de la conférence, il avait fait filer sur le territoire romain, en petits détachements et par des routes différentes, une troupe beaucoup plus nombreuse que celle qu'il emmenait à sa suite, lui recommandant de traverser de préférence les cantons déserts ou peu fréquentés, et de se rallier dans la chaîne de collines boisées qui couvrait la longue muraille à l'occident[123], et se prolongeait entre Héraclée et Sélymbrie. Malheureusement les cantons déserts n'étaient pas rares dans la Haute-Mésie et la Thrace, si cruellement dévastées par la guerre: on pouvait parcourir de grandes étendues de pays presque sans être aperçu, et d'ailleurs dans la circonstance présente, quand les populations romaines encombraient les chemins pour arriver à Héraclée, des détachements d'Avars marchant dans la même direction ne pouvaient exciter ni étonnement ni alarme. Ces troupes, qui servaient d'avant-garde au kha-kan, avaient pour mission d'occuper la longue muraille dès que l'empereur l'aurait dépassée, et de lui couper la retraite sur Constantinople, tandis que l'escorte du kha-kan l'attaquerait de front, le ferait prisonnier et s'emparerait de ses bagages[124]. Une fois l'empereur enlevé et le désarroi jeté parmi les Romains, les deux fractions de la petite armée avare devaient se réunir au long mur et pousser sur Constantinople, dont elles comptaient avoir bon marché au milieu de la consternation qu'y causerait la mort ou la captivité d'Héraclius. «C'était là un coup infaillible, dit un contemporain, si le ciel lui-même ne se fût chargé de le déjouer[125].»
[Note 123: ][(retour) ] Parte suorum delecta, quidquid roboris erat, per saltus ac sylvas quæ longis muris imminent, clam dissipari, et per condensa montium pergere jubet... Niceph., p. 10.
[Note 124: ][(retour) ] Ut, Imperatore a tergo circumvento, medium ipsum ejusque comitatum omnem, in potestatem haberent. Niceph., p. 10.
[Note 125: ][(retour) ] Quod sane accidisset, nisi illud prohibuisset Deus. Chron. Pasch.
Le kha-kan avait ainsi tendu ses rets, lorsque Héraclius, sur la nouvelle de son approche, quitta Sélymbrie, passa la longue muraille et s'avança à sa rencontre. Il marchait sans défiance, monté sur un cheval de parade, avec la couronne impériale au front et le manteau de pourpre sur les épaules[126], quand des paysans, à qui les mouvements des Avars du côté du long mur n'avaient point échappé, se firent jour à travers son entourage de gardes et de fonctionnaires, et lui racontant ce qu'ils avaient vu, l'avertirent de songer à lui. Il était temps, car déjà la troupe du kha-kan paraissait à l'horizon dans une attitude qui n'était rien moins que pacifique. Sauter de cheval aussitôt, jeter bas le manteau qui l'eût fait reconnaître, ôter de sa tête la couronne, qu'il passa à son bras gauche, et s'enfuir à toute vitesse sur la monture et sous la casaque d'un paysan, ce fut une affaire aisée pour un homme habitué comme Héraclius à la prompte décision et à l'action rapide du soldat[127]. Tandis qu'il s'éloignait à bride abattue, la troupe du kha-kan arrivait de même, et il put entendre les premiers cris de son escorte, sur laquelle les Barbares fondaient à grands coups de lances. Ce fut bientôt du côté des Romains un sauve-qui-peut général. L'empereur, qui avait de l'avance, parvint à gagner la longue muraille, qu'il franchit sans beaucoup de peine à la faveur de son déguisement et par des sentiers qu'il connaissait; mais ses bagages furent pillés, l'attirail scénique enlevé, les fonctionnaires dépouillés et mis aux fers[128]. Le kha-kan demandait instamment qu'on lui amenât l'empereur: on ne put lui livrer que le manteau de pourpre[129] ramassé à terre et tout souillé de boue; il vit alors que son coup était manqué. Une chance lui restait, celle d'arriver assez promptement à Constantinople pour en trouver l'entrée sans défense, et quoique l'évasion de l'empereur lui laissât bien des doutes à ce sujet, il commanda à ses cavaliers, qui pillaient, de se rallier et de le suivre vers ce grand rempart, où ils devaient rejoindre leurs compagnons. Cet événement se passa le samedi 16 juillet de l'année 616.
[Note 126: ][(retour) ] Cum regia magnificentia et comitatu... Zonar., t. II, p. 82.
[Note 127: ][(retour) ] Inopinata re nec mediocriter perculsus, purpuram exuit, ac vili detritoque habitu, quo privatus esse videretur, indutus, et coronam regiam cubito alligans... Niceph., p. 10, et seqq.