[Note 29: ][(retour) ] Jumentum, nescio quod, imposita impedimenta excussit. Theophylact., II, 15.--Theophan., p. 218.

[Note 30: ][(retour) ] Forte dominus bestiæ præcedebat, quem qui sequebantur, ut reverteretur, peccatumque corrigeret, acclamantes hortabantur. Theophylact., ub. sup.--Cum jumenti dominum alter patria voce inclamaret, ut sublapsum onus erigeret: Torna, Torna, fratre, inquiens... Τόρνα, Τόρνα φράτρε. Theophan., p. 218.

[Note 31: ][(retour) ] Alius alium patria voce ad reditum impellere, retorna, retorna, tumultuosissime vociferando, ac si de improviso nocturna pugna illis ingruisset. Theophylact., II, 15.--Torna, torna, magnis vocibus clamitantes, in fugam effusi sunt. Theophan., p. 218.--Sed et Chaganas in maximum timorem conjectus, præcipitem pariter abripuit fugam. Id., ub. sup.

Cette paix ne fut qu'une trêve de cinq années pendant laquelle les deux partis se préparèrent à recommencer la guerre sur une plus vaste échelle. Maurice, ayant terminé heureusement la guerre de Perse, eut une bonne armée disponible et un bon général à mettre à sa tête, Priscus, à qui étaient dus en grande partie les succès obtenus contre Chosroès. Il fit venir partiellement cette armée, dont il assigna le rendez-vous sous les murs d'Anchiale, et il voulut l'y installer lui-même pour témoigner de la part qu'il prenait aux malheurs des provinces danubiennes. Baïan, de son côté, remuait tous les barbares du nord jusqu'aux glaces polaires, et Maurice en acquit personnellement la preuve par suite d'une rencontre fort singulière qui lui advint pendant son voyage. Il se trouvait à environ quatre journées d'Héraclée, quand les soldats de son cortége aperçurent trois voyageurs qui suivaient la même route en sens contraire, et dont la taille gigantesque et l'accoutrement étrange éveillaient tout d'abord l'attention. Ils ne portaient ni casque, ni épée, ni armes d'aucune sorte, mais une cithare suspendue à leur cou[32]. Amenés à l'empereur, qui les interrogea sur leur nation, leur état, et ce qu'ils venaient faire dans l'empire, ces hommes répondirent en langue slave qu'ils appartenaient à la nation slavonne, et aux dernières tribus de cette nation vers l'Océan occidental[33]. «Le kha-kan des Avars avait, disaient-ils, envoyé à leurs rois des ambassadeurs avec des présents pour les engager à lui fournir des soldats; les rois avaient reçu les présents, mais ils s'étaient excusés de fournir les troupes sur le trop grand éloignement de leur pays et sur la difficulté des chemins. C'étaient eux qui avaient été chargés de porter au kha-kan ces excuses, et ils n'étaient pas restés moins de quinze mois en route[34]; mais le kha-kan irrité les avait retenus prisonniers au mépris du droit des ambassadeurs. Ayant appris par les récits qui leur étaient parvenus combien les Romains avaient de puissance et d'humanité, ils avaient saisi la première occasion de passer en Thrace[35]. «Ces cithares qu'ils portaient, ajoutèrent-ils, étaient les seules armes qu'ils sussent manier: étrangers au tumulte des guerres et des séditions, ils remplissaient chez les peuples un ministère de paix.» On reconnaît aisément dans les trois interlocuteurs de Maurice trois de ces poëtes ou chanteurs qui servaient d'ambassadeurs chez presque toutes les nations du Nord, auxquels les Scandinaves avaient donné le nom de scaldes, et que les anciens Gaulois appelaient bardes. Maurice les traita bien, admira leur haute stature et leurs membres nerveux, et les envoya séjourner à Héraclée[36]. Lui-même, après avoir présidé à la concentration d'une partie de ses troupes, retourna à Constantinople.

[Note 32: ][(retour) ] Viri tres, nec gladiis accincti, nec ullo genere armorum præditi, tantummodo cytharas gestantes, a satellitibus imperatoris capiuntur. Theophylact., VI, 2, p. 144.

[Note 33: ][(retour) ] Quærit ex iis imperator, qua gente oriundi, qua regione, quibus de causis romana loca obeant; respondent se Sclavos esse, ad Oceanum occidentalem habere sedes. Id., ub. sup.

[Note 34: ][(retour) ] Menses quindecim in itinere peragendo consumpsisse. Id., ibid.--Octodecim mensium. Theophan., p. 226.--Anast., p. 77.

[Note 35: ][(retour) ] Audiisse Romanos potentia et humanitate summam, quod dicere liceat, adeptos claritudinem... Theophylact., loc. cit.--Théophylacte Simocatta fait dire à ses aventuriers slaves qu'ils ne portaient que des harpes parce que leur pays ne produisait point de fer pour forger des armes, et qu'on y vivait dans une paix perpétuelle: Théophylacte, grand déclamateur, comme on sait, nous a donné là une réminiscence des récits merveilleux de l'antiquité sur les hyperboréens.

[Note 36: ][(retour) ] Imperator eorum magna corpora et magnos artus membrorum admiratus, Heraclæam misit. Theophylact., VI, 2.--Hominum staturam miratus. Theophan., p. 226.--Anast., p. 77.

Le kha-kan ne lui laissa pas le temps de les réunir toutes, et marcha hardiment sur Anchiale avec une armée nombreuse et pleine d'ardeur. En trois jours, il força les défilés qui couvrent à l'ouest la côte de la mer Noire, puis il s'empara d'Anchiale, qu'il saccagea de fond en comble, Priscus, qui ne voulait pas s'y laisser enfermer, ayant fait retraite vers le midi, afin de garantir les avenues de la longue muraille. D'Anchiale, Baïan marcha sur Drizipère[37]. Cette ville, suffisamment fortifiée, fut bien défendue par les habitants. Baïan en commença le siége avec un formidable appareil de machines de toute sorte (car les transfuges et les prisonniers romains enseignaient aux Avars les procédés de l'art des siéges); les habitants troublaient ses travaux par de fréquentes sorties dirigées hardiment: pourtant il n'était plus possible qu'ils tinssent longtemps, quand un incident bien imprévu vint les délivrer. Ces Avars, si experts en magie pour fasciner les autres, avaient aussi des hallucinations auxquelles ils se laissaient prendre tous les premiers, et c'est ce qui arriva au kha-kan pendant les travaux du siége. Un jour qu'il observait en plein midi les murailles de Drizipère, il vit les portes s'ouvrir et bientôt s'élancer de la place, enseignes déployées, des légions innombrables de soldats qui accouraient sur lui[38]: il apercevait le scintillement des armes; il entendait le pas des chevaux, le cri des hommes, le bruit de la trompette. La peur le prit, et il se sauva, donnant ordre à son armée de plier bagage et de le suivre. Ces légions n'étaient que des fantômes de son imagination[39]; mais sa peur fut très-réelle et ne se calma que lorsqu'il se trouva à plusieurs journées de la place. L'armée romaine manœuvrait alors entre Héraclée et Tzurulle, à l'ouest de la longue muraille; Baïan la refoula et força Priscus à s'enfermer dans cette dernière ville, qui précédait immédiatement le grand rempart, et, craignant de s'aventurer plus loin avant d'être maître d'un point si important, il en commença l'attaque régulière. Une aventure qui rappelle un peu celle de Drizipère lui fit lever ce siége plus vite qu'il ne se l'était proposé.