Walt. Aquit., v. 279.

La semaine s'écoule, et le jour marqué arrive. Tout est joie et magnificence dans la maison de Walter; des voiles peints décorent la salle du banquet et un trône de soie brochée d'or est préparé pour le roi. Attila paraît. Il place à ses côtés les deux plus hauts personnages, et le commun des convives va se ranger par ordre autour des tables: chaque table en reçoit cent. Les nappes de pourpre chargées d'ornements d'or et de plats se couvrent et se découvrent par intervalles; les mets exquis succèdent aux mets, le vin épicé écume dans les larges coupes. Walter, par ses paroles, encourage les convives et aiguillonne le zèle des serviteurs. Le repas fini, on dessert, et l'Aquitain, se tournant vers son maître, lui dit gaiement: «Il vous reste à nous faire une grâce, ô roi! c'est de permettre que nous portions votre santé.» A ces mots, des officiers posent sous la main d'Attila un énorme vase richement ciselé dont les figures en bosse représentent les hauts faits des Huns: le roi le soulève, le vide d'une seule haleine et commande à tous de l'imiter. Les échansons passent, repassent, se croisent sur tous les points; on ne voit que coupes pleines qu'on apporte, que coupes vides qu'on remporte, et l'hôte ne cesse de joindre ses exhortations à celles du roi; c'est à qui boira le plus vite et le mieux: une ivresse ardente règne bientôt dans la salle. «Toute tête se trouble, nous dit le poëte, toute langue balbutie, et les plus fermes héros ont peine à se tenir sur leurs pieds[520]». L'orgie bachique, par les soins de Walter, se prolonge fort avant dans la nuit; un convive fait-il mine de quitter la salle, il l'arrête et le force à se rasseoir jusqu'à ce que tous, chargés de sommeil et de boisson, aient roulé çà et là sur la terre. L'Aquitain, profitant alors du moment, se lève et s'esquive à pas de loup; Hildegonde était absente depuis longtemps. «On eût mis le feu à la maison, que nul de ceux qui s'y trouvaient ne l'aurait senti, pas un n'aurait pu dire ce qui s'était passé.» J'espère qu'on me pardonnera d'avoir donné in extenso cette peinture d'une belle fête telle qu'on les rêvait au moyen âge; d'ailleurs celle-ci ne manque point de vérité historique, c'est la poétisation du dîner de Priscus chez Attila.

[Note 520: ][(retour) ]

Balbutiit madido facundia fusa palato,
Heroas validos plantis titubare videres.

Walt. Aquit., v. 312 et seqq.

Hildegonde était prête à partir, les coffrets et les armes étaient là. Walter prend lui-même dans l'écurie son cheval, le roi des chevaux, Lion[521], qu'il avait nommé ainsi à cause de sa force et de son audace; il le selle et le bride, attache à ses flancs les coffrets pleins d'or, place sur la croupe de légères provisions, et remet aux mains de la jeune fille les rênes flottantes.

[Note 521: ][(retour) ]

De stabulis victorem duxit equorum,
Quem ob virtutem vocitaverat ille Leonem.

Ibid., v. 323.

Lui-même, cuirassé, le casque ombragé d'une aigrette rouge, les jambes munies de grands jambards d'or, semblait un géant, nous dit le poëte[522]. Deux épées pendent à ses côtés, suivant l'usage des Huns: celle de gauche est double et celle de droite n'a qu'un tranchant. Dans cet équipage, ils quittent la terre d'exil; Hildegonde conduit le cheval; Walter tient dans sa main droite, avec sa lance, la ligne qui doit tromper le poisson et le saisir au sein de l'onde. Ils marchent toute la nuit gagnant de l'avance, et, quand l'aube paraît à l'horizon, ils se jettent dans les bois, cherchant les lieux déserts et l'ombre; mais la jeune fille ne sait pas surmonter ses frayeurs, le moindre bruit la fait tressaillir; un souffle l'inquiète, un oiseau qui vole, une branche froissée, font battre son cœur avec violence[523].