Die ging auch der von Spanielant
Die mynnicliche Hildegunt,
Ir suessen rosenroten mund
Bot sy im mynniclichen an.
Biterolf., v. 6854.
[Note 531: ][(retour) ] Wilkinasaga, c. 307.
[Note 532: ][(retour) ] Wilkinasaga, c. 308.
Je ne saurais quitter Walter d'Aquitaine sans rapporter une anecdote passablement étrange, que nous lisons dans la chronique du monastère de la Novalèse, rédigée vers le xe siècle, partie d'après des documents écrits, partie d'après la tradition du couvent. Le monastère de la Novalèse, situé au pied du Mont Cenis, avait été une des premières fondations de l'ordre de Saint-Benoît, et, dans le cours des vie et viie siècles, il avait donné asile à beaucoup de personnages importants qui venaient y chercher un port contre les agitations du monde: ruiné au viiie pendant les guerres de Pépin, il se releva au xe, et c'est alors que, pour renouer la chaîne des souvenirs, quelques religieux zélés compilèrent la chronique de leur abbaye. Or voici un passage qu'on y rencontre.
«Autrefois vécut dans ce couvent un religieux d'une haute taille, d'une grande force et d'une figure martiale, malgré ses cheveux blancs. Il avait parcouru le monde entier, un bâton de pèlerin à la main, cherchant un monastère d'une discipline rude, où l'on pût se préparer convenablement au voyage qui suit cette vie mortelle[533]. Après avoir couru et cherché vainement bien des années, il lui arriva de visiter ce lieu, et il résolut de s'y fixer; mais, dans son humilité extrême, il ne voulut que l'emploi de frère jardinier, qu'il sollicita et qu'il obtint. Ce moine était sombre et bizarre; il ne se séparait jamais de son bâton, qui pendait comme une arme au mur de sa cellule. Des bandes ennemies ravageaient-elles la campagne, des brigands menaçaient-ils l'abbaye, il le détachait de son clou, s'absentait avec la permission de l'abbé, et alors le bâton jouait dans sa main d'une manière terrible. On se souvient qu'une fois il mit en fuite à lui seul toute une armée de bandits, et les habitants de la Novalèse parlent encore avec admiration de l'assommoir de Walter et de ses bons coups[534]. Près de lui vivait un jeune religieux d'une douce figure que l'on disait être son petit-fils. Tous deux ne songeaient qu'aux choses d'en haut, et leur plus chère occupation fut de se creuser dans le roc un sépulcre où ils devaient reposer l'un près de l'autre[535]. Ils y reposèrent en effet, et le moine qui traçait ces lignes avait maintes fois manié leurs ossements. Les habitants des environs visitaient cette tombe comme celle de deux saints, et un jour, pendant une épidémie, une dame d'un château voisin déroba la tête du plus jeune, qu'elle emporta en la cachant sous son manteau.»
[Note 533: ][(retour) ] Qui cum in monasterio ubi districtior norma custodiretur monachorum explere melius animo deliberasset, continue quæritans baculum perpulchrum, sumensque habitum peregrini, atque cum ipso pene totum peragrans mundum... Chron. Noval., vii.
[Note 534: ][(retour) ] Percussio seu ferita Waltarii. Chron. Noval., xi.
[Note 535: ][(retour) ] Fecit siquidem, dum vixit in summitate cujusdam rupis sepulcrum in eadem petra laboriosissime excisum... in eodem cum quodam nepote suo nomine Rathaldo cognoscitur fuisse sepultum. Ibid., xii.
On devine bien qu'il est question ici de Walter d'Aquitaine, et en effet le moine insère à ce sujet dans sa chronique un récit tout à fait conforme au poëme que nous analysions tout à l'heure, et qui n'en est même souvent que la reproduction textuelle. Le jeune compagnon de Walter était l'enfant du fils qu'il avait eu de sa femme Hildegonde au temps de leur jeunesse[536]. Ce fils n'était plus. La chronique se tait sur la catastrophe qui avait enlevé Hildegonde. Walter, laissé pour mort dans son combat avec Dietlieb, avait été rappelé à la vie et s'était guéri de ses blessures. Après d'autres traverses que nous ne savons pas, ayant perdu ce qui lui était cher, il était venu chercher le repos sous une règle qui pût dompter les violences de son âme; le vieux récit nous dit le reste.