[Note 539: ][(retour) ] Nisi collum amplexabar--populorum moderatori--unica vice--aliæ erant nostræ cogitationes,--ubi nos duo mœsti--descendebamus ad colloquia. Quida-Gudrun., 4.
«Qui m'assistera dans ma cause? qui m'accompagnera à l'épreuve du feu? Théodoric est seul. Des trente guerriers qui le suivirent dans son exil, pas un ne lui reste! Entoure-moi de mes frères en armes, entoure-moi de toute ma famille.
«Fais venir ici Saxo, le prince des hommes du Midi, lui qui sait par quels rites il faut consacrer le chaudron d'eau bouillante.--Sept cents hommes entrèrent dans la cour avant que la royale épouse eût plongé sa main dans le chaudron.
«A ce moment, elle s'écria avec angoisse:--Gunther n'est pas ici, je ne puis invoquer Hagen; mes doux frères, je ne les vois pas! Je pense bien que l'épée d'Hagen aurait pu venger une si grande injure, mais je n'ai que moi pour me justifier de la calomnie.
«Aussitôt, plongeant au fond de la chaudière la blanche paume de sa main, elle saisit et rapporta les verts cailloux[540].--Voyez maintenant, hommes, voyez que je suis innocente; ma main est sans brûlure, et le chaudron bout à gros bouillons.
[Note 540: ][(retour) ] Cito ea demisit ad fundum--volam candidam--atque ea sustulit--virides lapillos. Quida-Gudrun., 8.
«Attila sourit dans son âme quand il vit intacte la main de Gudruna.--Qu'on m'amène maintenant Herkia; je veux qu'elle subisse aussi l'épreuve du feu, elle qui a médité une si noire vengeance.
«Celui-là n'a vu de sa vie chose misérable qui n'a pas vu comment les mains d'Herkia furent brûlées. On entraîna la jeune fille pour la jeter dans un marais infect, et ainsi Gudruna eut satisfaction de son injure[541].»
[Note 541: ][(retour) ] Nemo vidit rem miserabilem--qui id non vidit--quantum ibi Herkiæ--manus ustulabantur. Ibid., 9.
Plusieurs années s'écoulent, et Attila voit avec bonheur grandir sous ses yeux deux fils, Erp et Eitille, qu'il a eus de Gudruna, et sur lesquels il reporte toute sa tendresse; d'un autre côté, sa passion pour l'or s'est réveillée: il veut recouvrer à tout prix l'héritage de Sigurd que lui ont volé les Niebelungs. Le plus complet des poëmes scandinaves, l'Atla-Mâl, nous introduit dans un conseil où le roi des Huns et ses principaux chefs délibèrent sur les moyens à employer pour reconquérir ce trésor, leur bien légitime. On décide qu'Attila attirera Gunther et Hagen dans sa ville sous le prétexte d'une brillante fête qu'il veut donner; puis, quand les hommes de l'ouest seront sous sa main, il faudra bien qu'ils rendent le trésor, ou qu'ils déclarent dans quel lieu ils l'ont enfoui. Gudruna, l'oreille au guet, a tout entendu, et, résolue à tout déjouer, elle charge l'envoyé d'Attila d'une lettre pour Gunther et d'un anneau d'or pour Hagen. La lettre, écrite en runes, avertit ses frères de ne point venir; mais l'envoyé d'Attila, qui connaît les runes, falsifie les caractères, et rend la lettre en partie illisible. L'anneau était entrelacé de poils de loup; mais l'envoyé d'Attila ne les a point remarqués, ou n'a pas deviné ce qu'ils signifiaient. A son arrivée au palais des Niebelungs, lorsqu'il a remis la lettre et l'anneau, Glomvara, femme de Gunther, observe le message avec défiance. «Pourquoi, s'écrie-t-elle, Gudruna ma sœur, si habile dans l'art des runes, a-t-elle tracé des caractères que je ne puis lire?» En même temps, Costbéra, la femme d'Hagen, disait en examinant l'anneau: «Voici des poils de loup qui veulent dire: Garde-toi des piéges[542].» Elles parlaient en vain: de riches armures, présents d'Attila, suspendues au poteau de la salle, à la lueur d'un feu pétillant, éblouissaient les yeux des Niebelungs, et l'image de cette course lointaine, de ces fêtes et de ces combats absorbait toutes leurs pensées.