Note 424: Tit. Liv. l. X, c. 26 et 27.—Jul. Front. Stratag. l. I, c. 8.—Paul. Oros. l. IV, c. 21.

Aussitôt les rôles changèrent. Ce furent les Romains qui cherchèrent avec empressement l'occasion d'une bataille décisive, et les Gallo-Samnites qui l'évitèrent avec opiniâtreté; cependant, au bout de deux jours d'hésitation, ceux-ci prirent leur parti, et déployèrent leurs lignes dans une vaste plaine devant Sentinum. Les Gaulois occupèrent la droite de l'ordre de bataille; leur infanterie était soutenue par mille chariots de guerre, outre une cavalerie forte et habile[425]. Eux seuls en Italie faisaient usage de ces chariots, qu'ils manœuvraient avec une dextérité remarquable. Chaque chariot, attelé à des chevaux très-fougueux, contenait plusieurs hommes armés de traits, qui tantôt combattaient d'en haut, tantôt sautaient au milieu de la mêlée pour y combattre à pied, réunissant à la fermeté du fantassin la promptitude du cavalier[426]. Le danger devenait-il pressant, ils se réfugiaient dans leurs chariots, et se portaient à toute bride sur un autre point. Les Romains admiraient l'adresse du guerrier gaulois à lancer son chariot, à l'arrêter sur les pentes les plus rapides, à faire exécuter à cette lourde machine toutes les évolutions exigées par les mouvemens de la bataille; on le voyait courir sur le timon, se tenir ferme sur le joug, se rejeter en arrière, descendre, remonter; tout cela avec la rapidité de l'éclair[427].

Note 425: Tit. Liv. Ibid.—Paul Oros. l. IV, c. 21.

Note 426: Mobilitatem equitum, stabilitatem peditum… Cæsar, de
Bello Gall. l. IV, c. 33.

Note 427: In declivi ac præcipiti loco incitatos equos sustinere, et brevi moderari ac flectere, et per temonem percurrere, et in jugo insistere, et indè se in currus citissimè recipere consuerunt. Ibid.

Les Romains sortirent avec joie de leur camp, et formèrent leur ordre de bataille; Fabius se plaça à la droite vis-à-vis des Samnites; Décius à la gauche fit face aux Gaulois. Comme les préparatifs étaient terminés, et que les Romains n'attendaient plus que le signal de leurs chefs, une biche chassée des montagnes voisines par un loup, entra dans l'intervalle qui séparait les deux armées, et se réfugia du côté des Gaulois, qui la tuèrent; le loup tourna vers les Romains, mais ceux-ci ouvrirent leurs rangs pour le laisser passer[428]. Alors un légionaire, de la tête de la ligne, s'écria d'une voix forte: «Camarades, la fuite et la mort passent de ce côté où vous voyez étendu par terre l'animal consacré à Diane. Le loup au contraire, échappé au péril sans blessure, présage notre victoire par la sienne; le loup consacré à Mars nous rappelle que nous sommes enfans de ce dieu, et que notre père a les yeux sur nous[429].» Ce fut dans cette confiance que l'armée romaine engagea le combat.

Note 428: Cerva ad Gallos, lupus ad Romanos cursum deflexit…
Tit. Liv. l. X, c. 27.

Note 429: Illac fuga et cædes vertit, ubi sacram Dianæ feram jacentem videtis; hinc victor martius lupus integer et intactus, gentis nos martiæ et conditoris nostri admonuit. Tit. Liv. l. X, c. 27.

Le choc commença par la droite que commandait Fabius; il fut reçu avec fermeté par les Samnites, et de part et d'autre les avantages se balancèrent long-temps. A la gauche, l'infanterie de Décius chargea les Gaulois, mais ne produisit rien de décisif. Décius, dans la vigueur de l'âge, brûlait d'enlever la victoire à son vieux collègue. Il rassemble toute sa cavalerie, composée de l'élite de la jeunesse romaine, l'anime par ses discours, se met à sa tête, et va fondre sur la cavalerie gauloise qu'il disperse aisément; elle essaie de se rallier, il l'enfonce une seconde fois. Mais alors l'infanterie gauloise s'entr'ouvre, et, avec un bruit épouvantable, s'élancent les chars, qui rompent et culbutent les escadrons ennemis[430]. En un moment toute cette cavalerie victorieuse est anéantie. Les chariots se dirigent ensuite vers les légions, et pénètrent dans leur masse compacte; l'infanterie et la cavalerie gauloise accourant complètent la déroute. Décius s'épuise en efforts pour retenir les siens qui fuient; il les arrête; il les conjure: «Malheureux! leur crie-t-il; pensez-vous qu'on se sauve en fuyant?» Convaincu enfin de l'inutilité de tout effort humain, se maudissant lui-même, il prend la résolution de mourir, mais d'une mort qui expie du moins sa faute, et répare le mal qu'il a causé[431].

Note 430: Essedis carrisque superstans armatus hostis ingenti sonitu equorum rotarumque advenit. Tit. Liv. l. X, c. 28.