Dans ce moment Fabius, qui avait pris l'avantage sur les Samnites, informé de la détresse de l'aile gauche, détache pour la secourir une division de son armée. L'aile gauche romaine regagne du terrein. Les Gaulois, réduits à la défensive, se forment en carré, et, joignant leurs boucliers l'un contre l'autre comme un enceinte de palissades, reçoivent l'ennemi de pied ferme. Les Romains les entourent, et, ramassant les javelots et les épieux dont la terre était jonchée, brisent les boucliers gaulois, et cherchent à se faire jour dans l'intérieur du carré[438]; mais les brèches étaient aussitôt refermées. Cependant l'armée samnite, après avoir long-temps résisté à l'aile droite des Romains, lâche pied, et traverse le champ de bataille près du carré gaulois; mais, au lieu de s'y rallier et de le secourir, elle passe outre, et court se renfermer dans le camp. Fabius survient, et l'armée romaine tout entière se réunit contre les Cisalpins: ils furent rompus de toutes parts et écrasés. La coalition, dans cette journée fatale, perdit vingt-cinq mille hommes, la plupart Gaulois: le nombre des blessés fut plus grand[439].
Note 438: Colleuta humi pila, quæ strata inter duas acies jacebant, atque in testudinem hostium conjecta. Tit. Liv. l. X, c. 29.
Note 439: Tit. Liv. loc. citat.—Paul Orose (l. IV, c. 21) fait monter le nombre des morts à 40,000.—Diodore de Sicile n'en compte pas moins de 100,000.
ANNEE 284 avant J.-C.
Le désastre de Sentinum dégoûta les Cisalpins d'une alliance dans laquelle ils avaient été si honteusement sacrifiés; au bout de quelques années cependant, ils reprirent les armes à la sollicitation des Étrusques. Mais déjà le Samnium se résignait au joug des Romains; plusieurs même des cités de l'Étrurie, gagnées par les intrigues du sénat, avaient fait leur paix particulière; et la cause de l'Italie était presque désespérée. Ce furent les Sénons qui consentirent à seconder les dernières tentatives du parti national étrusque; guidés par lui, ils vinrent mettre le siège devant Arétium[440], la plus importante des cités vendues aux Romains. Ceux-ci n'abandonnèrent pas leurs partisans; ils envoyèrent dans le camp sénonais des commissaires chargés de déclarer aux chefs cisalpins que la république prenait Arétium sous sa protection; et qu'ils eussent à en lever le siège immédiatement s'ils ne voulaient pas entrer en guerre avec elle. On ignore ce qui se passa dans la conférence, si les Romains prétendirent employer, à l'égard de cette nation fière et irritable, le langage hautain et arrogant qu'ils parlaient au reste de l'Italie, ou si, comme un historien le fait entendre, la vengeance personnelle d'un des chefs kimris amena l'horrible catastrophe; mais les commissaires furent massacrés et leurs membres dispersés avec les lambeaux de leurs robes et les insignes de leurs dignités, autour des murailles d'Arétium.
Note 440: Aujourd'hui Arezzo.
A cette nouvelle, le sénat irrité fit marcher deux armées contre les Sénons. La première, conduite par Corn. Dolabella, entrant à l'improviste sur leur territoire, y commit toutes les dévastations d'une guerre sans quartier; les hommes étaient passés au fil de l'épée[441]; les maisons et les récoltes brûlées; les femmes et les enfans traînés en servitude[442]. La seconde, sous le commandement du préteur Cécilius Métellus, attaqua le camp gaulois d'Arétium; mais dès le premier combat elle fut mise en déroute; Métellus resta sur la place avec treize mille légionaires, sept tribuns et l'élitedes jeunes chevaliers[443].
Note 441: Polyb. l. II, p. 107.—Tit. Liv. epitom. l. XI.
—Paul. Oros. l. III, c. 22.—Appian. ap. Fulv. Ursin. p. 343, 351.
Note 442: Άπαντας ήβηδόν κατέσφαξεν. Dionys. Halic. excerpt. p. 711.
—Flor. l. I, c. 13.
Note 443: Cecilius, VII tribuni militum, multi nobiles
trucidati; XIII millia militum prostrata.—Paul. Oros. l. III, c. 22.
—Tit. Liv. epit. XII.—Polyb. l. II, p. 107, 108.