Il existait donc dans la population indigène de la Gaule (car les Massaliotes ne doivent point trouver place ici) quatre branches différentes, 1º les Aquitains, 2º les Ligures, 3º les Galls ou Celtes, 4º les Belges. Nous allons passer en revue chacun d'eux successivement.
1º Aquitains.
«Les Aquitains, dit Strabon, diffèrent essentiellement de la race gauloise, non-seulement par le langage, mais par la constitution physique; ils ressemblent plus aux Ibères qu'aux Gaulois[11].» Il ajoute que le contraste de deux peuplades gauloises enclavées dans l'Aquitaine faisait ressortir d'autant plus vivement la différence tranchée des races. Suivant César, les Aquitains avaient, outre un idiome particulier, des institutions particulières, or, les faits historiques nous montrent que ces institutions avaient, pour la plupart, le caractère ibérien; que le vêtement national était ibérien; qu'il y avait des liens plus étroits d'amitié et d'alliance entre les tribus aquitaniques et les Ibères qu'entre ces tribus et les Gaulois, dont la Garonne seule les séparait; enfin que leurs vertus et leurs vices rentrent tout-à-fait dans cette mesure de bonnes et de mauvaises dispositions naturelles qui paraît constituer le type moral ibérien[12].
Note 11: Όί Άχουϊτάναί διαφέρσυαι του Γαλατίχοϋ φύλου χατά τε τών σωμάτων χατασχευάς καί χατά τέν γλώτταν έοίχασι δέ μάλλον Ιβηρσιν… Strab. l. IV, p. 189; idem, 1. IV, p. 176.
Note 12: Voir pour les détails le tome II de cet ouvrage, chapitre La famille Ibérienne, Les Aquitains et passim.
Nous trouvons donc une première concordance entre les preuves historiques et les preuves tirées de l'examen des langues: les Aquitains étaient, sans aucun doute, une population ibérienne.
2º Ligures.
Les Ligures, que les Grecs nommaient Ligyes, sont signalés par Strabon comme étrangers à la Gaule. Sextus Aviénus, qui travaillait sur les documens scientifiques laissés par les Carthaginois et devait avoir par conséquent de grandes lumières touchant l'ancienne histoire de l'Ibérie, place le séjour primitif des Ligures dans le sud-ouest de l'Espagne, d'où les avait chassés, après de longs combats, l'invasion de Celtes conquérans[13]. Étienne de Byzance place aussi dans le sud-ouest de l'Espagne, près de Tartesse, une ville des Ligures qu'il appelle Ligystiné[14]. Thucydide nous montre ensuite les Ligures, expulsés du sud-ouest de la Péninsule, arrivant au bord de la Sègre, sur la côte orientale, et chassant à leur tour les Sicanes[15]: il ne donne pas ceci comme une simple tradition, mais comme un fait incontestable; Éphore et Philiste de Syracuse tenaient le même langage dans leurs écrits, et Strabon croit à l'origine ibérienne des Sicanes. Les Sicanes, chassés de leur pays, franchissent les passages orientaux des Pyrénées, traversent le littoral gaulois de la Méditerranée, et entrent en Italie. Il faut bien que les Ligures les aient suivis, puisqu'ils se trouvent presque aussitôt répandus à demeure sur toute la côte gauloise et italienne depuis les Pyrénées jusqu'à l'Arno, et probablement plus bas encore.
Note 13: Fest. Avien. v. 132 et seq.—V. la citation, ci-dessous,
t. I, période 1600 à 1500 avant J. C..
Note 14: Λιγυστνή πόλις Λιγύων τγς δυστιχής ΐδηρίας έγγύς καί τής
Ταρτησσού πλησίον. Steph. Byz.