Note 533: Diodore de Sicile (l. XVI) estime à dix mille talens, cinquante-cinq millions de notre monnaie, les matières d'or et d'argent que les Phocidiens firent fondre après le pillage du temple; il s'y trouvait en outre des sommes considérables en argent monnayé.
Du plus loin que le Brenn aperçut les milliers de monumens votifs qui garnissaient les alentours du temple, il se fit amener quelques pâtres que ses soldats avaient pris, et leur demanda en particulier si ces objets étaient d'or massif et sans alliage. Les captifs le détrompèrent. «Ce n'est, lui répondirent-ils, que de l'airain légèrement couvert d'or à la superficie[534].» Mais le Gaulois les menaça des plus grands supplices s'ils dévoilaient un tel secret à qui que ce fût dans son armée; il voulut même qu'ils affirmassent publiquement le contraire; et, convoquant sous sa tente ses principaux chefs, il interrogea à haute voix les prisonniers, qui déclarèrent, suivant ses instructions, que les monumens dont la colline était couverte ne contenaient que de l'or, de l'or pur et massif[535]. Cette bonne nouvelle se répandit aussitôt parmi les soldats, et tous en conçurent un redoublement de courage.
Note 534: Τά μέν ένδον έστί χαλκός, τά δέ έξωθεν χρυσός έξπελήλαται λεπτός. Polyæn. Stratag. l. VII, c. 35.
Note 535: Ώς πάντα εϊη χρυσός. Polyæn. Strat. loc. cit.
Le Brenn avait fait halte au pied de la montagne; il y délibéra avec les chefs de son conseil s'il fallait laisser aux soldats la nuit pour se reposer des fatigues de la marche, ou entreprendre immédiatement l'escalade de Delphes. La forte situation de la place, qui n'était accessible que par un rocher étroit, et qu'il était si aisé de défendre avec une poignée d'hommes, l'intimidait; il demandait la nuit pour reconnaître les lieux, pour disposer ses mesures, pour rafraîchir ses troupes[536]. Mais les autres chefs émirent un avis contraire; deux surtout, le Gall Eman[537] et Thessalorus, qui était vraisemblablement comme Orestorius un aventurier d'origine grecque, insistèrent pour que l'assaut fût tenté à l'instant même. «Point de délai, dirent-ils; profitons du trouble de l'ennemi: demain, les Delphiens auront eu le temps de se rassurer, sans doute aussi de recevoir des secours et de fermer les passages que la surprise et la confusion nous laissent actuellement ouverts[538].» Les soldats mirent fin à ces hésitations en se débandant pour courir la campagne et piller.
Note 536: Justin, l. XXIV, c. 7.
Note 537: Aimhean, agréable, beau.
Note 538: Amputari moras jubent, dùm imparati hostes….. interjectâ nocte et animos hostibus, forsitan et auxilia accessura. Justin. l. XXIV, c. 7.
Depuis quelque temps, ils souffraient de la disette de subsistances; car eux-mêmes avaient épuisé le pays au nord de l'Œta, et le long séjour de l'armée grecque avait eu le même résultat dans les campagnes situées au midi. Se trouvant tout à coup dans un pays abondamment pourvu de vin et de vivres de toute espèce, parce que l'immense concours de monde qui visitait annuellement le temple de Delphes mettait les habitans de la ville et des bourgs environnans dans la nécessité de faire de grandes provisions, les Gaulois ne songèrent plus qu'à se dédommager des privations passées, avec autant de joie et de confiance que s'ils avaient déjà vaincu[539]. On prétend qu'à ce sujet l'oracle d'Apollon avait donné un avis plein de sagesse; dès la première rumeur de l'approche de l'ennemi, il défendit aux gens de la campagne d'enlever et de cacher leurs magasins de vivres; les Delphiens, à qui cette défense parut d'abord bizarre et incompréhensible, sentirent plus tard combien elle leur avait été salutaire[540]. On dit aussi que les habitans ayant consulté le Dieu sur le sort que l'avenir leur réservait, il leur répondit par ce vers:
«J'y saurai bien pourvoir avec les vierges blanches[541].»