FUREUR BACHIQUE
Laissez-moi boire à la santé des Dieux,
Boire sans fermer la bouche.
Je veux, je veux délirer.
Ils devinrent furieux, Alcméon
Et Orestès aux pieds blancs,
Après avoir tué leur mère;
Mais moi, qui n'ai tué personne,
C'est en buvant le vin de pourpre
Que je veux, je veux délirer.
Jadis Hercule en fureur
Agitait le carquois terrible
Et l'arc d'Iphitos.
Jadis Ajax en sa fureur
Brandissait avec son bouclier
L'épée d'Hector.
Et moi, c'est la coupe en main.
La couronne sur la tête,
Que je veux, oui, je veux délirer.
XXXII
SES AMOURS
Si tu peux dénombrer
Toutes les feuilles des arbres,
Si tu sais compter
Tous les flots de la mer,
Du calcul de mes amours
C'est toi seul que je charge.
Pose d'abord
Vingt amours d'Athènes,
Puis quinze autres encore.
Ensuite, de Corinthe,
Mets-en des légions:
Cette ville de l'Achaïe
A les plus belles femmes.
Puis, de Lesbos,
D'Ionie même,
De Carie et de Rhodes,
Pose deux mille amours.
—Que dis-tu?—Écris toujours.
Je n'ai rien dit encore des amours
De la Syrie, ni de Canope,
Ni de la contrée souveraine,
La Crète, avec ses villes
Où l'Amour célèbre ses mystères.
Voudrais-tu que je te dénombre,
Au delà de Gadès,
De la Bactriane et des Indes,
Tous les amours de mon cœur?
XXXIII
A UNE HIRONDELLE
Hirondelle chérie,
Qui reviens tous les ans,
En été tu construis ton nid,
Et l'hiver tu disparais
Volant vers le Nil ou Memphis.
En tout temps l'Amour construit
Son nid dans mon cœur.
Ce désir a des ailes,
Cet autre est encore dans la coque,
Ce troisième est éclos à moitié.
Et toujours se fait entendre
Le cri des petits perçant la coquille.
Les plus jeunes enfants d'Érôs
Sont nourris par les aînés
Et bientôt, devenus grands,
En font d'autres à leur tour.
A ce mal, quel remède?
Car, je n'ai pas la force de bannir
Tant d'Amours de mon cœur!
XXXIV
A UNE JEUNE FILLE