Dans la stupeur et le silence, le chef Komm s'écria:

—Aux navires, cavaliers! Nous avons bon vent! Aux navires!

Ils obéirent sans comprendre.

Et, poussant jusqu'aux navires, Komm ordonna de déployer les voiles. Elles étaient de peaux de bêtes teintes de vives couleurs. Aussitôt déployées, ces voiles se gonflèrent au vent qui fraîchissait.

Les Gaulois se demandaient à quoi servirait cette manœuvre, et si le chef espérait voir ces robustes nefs de chêne fendre le sable de la plage comme l'eau de la mer. Ils songeaient les uns à fuir encore, les autres à mourir en tuant des Romains.

Cependant Volusenus gravissait, à la tête de ses cavaliers, la colline qui borde ces côtes de galets et de sable. Il vit se dresser du fond de la crique les mâts des navires vénètes. Observant que la toile était déployée et gonflée par un vent favorable, il fit faire halte à sa troupe, lança des imprécations obscènes sur la tête de Commius, plaignit ses chevaux crevés en vain, et tournant bride ordonna à ses hommes de regagner le camp.

—À quoi bon, pensait-il, poursuivre plus avant ces bandits? Commius s'est embarqué. Il navigue et, poussé par un tel vent, il est déjà hors de portée du javelot.

Bientôt après, Komm et les Atrébates gagnèrent les bois touffus et les îles mouvantes, qu'ils emplirent des éclats d'un rire héroïque.

Six mois encore, le chef Komm tint la campagne. Un jour Volusenus le surprit, avec une vingtaine de cavaliers, sur un terrain découvert. Le préfet était accompagné d'un nombre à peu près égal d'hommes et de chevaux. Il donna l'ordre décharger. L'Atrébate, soit qu'il craignît de ne pouvoir soutenir le choc, soit qu'il méditât un stratagème, fit signe à ses fidèles de fuir, se lança éperdument dans la plaine immense et galopa longtemps, serré de près par Volusenus. Puis, tout à coup, il tourna bride et, suivi de ses Gaulois, se jeta furieusement sur le préfet de cavalerie et, d'un coup de lance, lui perça la cuisse. Les Romains, voyant leur général abattu, s'enfuirent étonnés. Puis, par l'effet de l'éducation militaire, qui les portait à surmonter le sentiment naturel de la peur, ils revinrent ramasser Volusenus au moment où Komm l'accablait joyeusement des plus violentes injures. Les Gaulois ne purent résister à la petite troupe romaine qui, raffermie et solide, les chargea vigoureusement, en tua ou en prit le plus grand nombre. Commius presque seul se sauva, grâce à la vitesse de son cheval.

Et Volusenus fut rapporté mourant dans le camp romain. Par l'art des médecins ou la force de son tempérament, il guérit pourtant de sa blessure.