Félicie entra. Les cheveux répandus sur les épaules, elle était enveloppée d'un peignoir de laine blanche, retenu très lâche à la taille par une grosse cordelière de passementerie, et traînait ses mules rouges; elle avait l'air d'un enfant. L'ami de la maison, Tony Meyer, marchand de tableaux, quand il la voyait dans ce vêtement, d'aspect un peu monacal, l'appelait frère Ange de Charolais, parce qu'il lui trouvait de la ressemblance avec un portrait de Nattier représentant mademoiselle de Charolais dans l'habit franciscain. Robert restait surpris et muet devant cette fillette.

—C'est gentil à vous, fit-elle, d'être venu prendre de mes nouvelles. Je vous remercie. Je vais mieux.

—Elle travaille beaucoup, elle travaille trop, dit madame Nanteuil. Son rôle de la Grille la fatigue.

—Mais non, maman.

On parla théâtre, et la conversation fut pauvre.

Dans un silence, madame Nanteuil demanda à M. de Ligny s'il recherchait toujours les vieilles gravures de modes.

Félicie et Robert la regardèrent sans comprendre. Ils lui avaient naguère parlé de gravures de modes pour expliquer des rendez-vous qu'ils n'avaient pu cacher. Mais ils n'y songeaient plus. Depuis lors, un morceau de la lune, comme disait le vieil auteur, était tombé dans leur amour; seule, madame Nanteuil, en son respect profond des fictions, se rappelait:

—Ma fille m'a dit que vous aviez beaucoup de ces gravures anciennes et qu'elle y trouvait des idées pour ses costumes.

—Parfaitement, madame, parfaitement.

—Venez, monsieur de Ligny, dit Félicie. Je voudrais vous montrer un projet de costume pour Cécile de Rochemaure.