Elle fléchit le genou, une première fois légèrement, ensuite un peu plus bas, puis, la jambe gauche en avant, et rejetant la jambe droite en arrière, elle salua profondément:

«Moi, pour ne point manquer à la civilité,

Je fis la révérence aussi de mon côté...»

Il l'appela, plus pressant. Mais elle fit une seconde révérence, dont elle marqua les temps avec une amusante précision. Et elle ne s'arrêta plus de réciter ni de faire des révérences aux endroits où le texte et la tradition les indiquent.

«Soudain il me refait une autre révérence;

Moi, j'en refais de même une autre en diligence;

Et lui, d'une troisième aussitôt repartant,

D'une troisième aussi j'y repars à l'instant...»

Elle exécutait tous les jeux de scène sérieusement, avec conscience et le soin de bien faire. Ses attitudes, dont quelques-unes déconcertaient parce qu'il eût fallu une jupe pour les expliquer, étaient presque toutes jolies et toutes intéressantes, en ce qu'elles accusaient dans un corps jeune des muscles fermes sous leur molle enveloppe, et révélaient, à chaque mouvement, des correspondances et des harmonies qu'on n'observe pas d'ordinaire.

En revêtant sa nudité de la bienséance des attitudes et de l'ingénuité des expressions, elle réalisait par fortune et caprice un joyau d'art, une allégorie de l'Innocence dans le goût d'Allegrain ou de Clodion. Et, dans cette figurine animée résonnait avec une pureté délicieuse le grand vers comique. Robert, charmé malgré lui, la laissa aller jusqu'au bout. Ce qui l'amusait surtout, c'était que la chose la plus publique de toutes, une scène de théâtre, lui fût offerte ainsi d'une façon privée et secrète. Et, en observant les façons cérémonieuses de cette fille toute nue, il se donnait aussi le plaisir philosophique de découvrir avec quoi l'on fait de la dignité dans les meilleures compagnies.