Tous les traits de Fagette portèrent. Nanteuil, les joues en feu, retint ses larmes. Trop jeune pour posséder ou même souhaiter la prudence qui vient aux comédiennes célèbres quand elles sont en âge de passer femmes du monde, elle était pleine d'amour-propre, et, depuis qu'elle aimait, elle avait envie d'effacer de son passé toute inélégance; elle sentait que Chevalier, en se suicidant pour elle, avait agi publiquement à son égard avec une familiarité qui la rendait ridicule. Ne sachant pas encore que tout s'oublie et se perd au cours rapide des heures, que toutes nos actions coulent comme l'eau des fleuves entre des rivages sans mémoire, elle songeait, irritée et triste, aux pieds de Jean Racine, qui entendait ses douleurs.
—Regarde-la donc, dit madame Marie-Laure au jeune Delage. Elle a envie de pleurer. Je la comprends. Un homme s'est tué pour moi. J'en ai été très ennuyée. C'était un comte.
—Reprenons, dit Pradel... Mademoiselle Nanteuil, allons! donnez votre réplique.
Et Nanteuil:
»—Mon cousin, je me suis éveillée toute joyeuse ce matin...
Soudain, madame Doulce parut. Grande et douloureuse, elle laissa tomber ces mots:
—Une bien triste nouvelle. Le curé lui refuse l'entrée de son église.
Chevalier n'ayant plus de parents, hors une sœur ouvrière à Pantin, madame Doulce s'était chargée de commander l'enterrement, aux frais des comédiens.
On l'entourait. Elle reprit:
—L'Église le repousse comme un maudit. C'est affreux!