Requiem æternam dona eis, Domine.

L'auteur célèbre de la Nuit du 23 octobre 1812 apparut dans l'église, et, au même moment, il fut partout à la fois, dans la nef, sous le porche et dans le chœur. Comme le Diable boiteux, il fallait qu'enfourchant sa béquille, il volât par-dessus les têtes pour passer comme il le fit en un clin d'œil du député Morlot qui, libre penseur, restait sur le parvis, à Marie-Claire agenouillée sous le catafalque.

Dans la même seconde, il chuchota aux oreilles de tous et de toutes des paroles agiles:

—Pradel, concevez-vous ce garçon qui plante là son rôle, un rôle excellent, et va se suicider comme une gourde? Il se brûle la cervelle l'avant-veille de la première. Il nous oblige à faire un raccord et nous retarde de huit jours. Quel crétin! Il était diablement mauvais. Mais c'est une justice à lui rendre: il sautait bien, l'animal. Mon bon Romilly, nous faisons le raccord aujourd'hui à deux heures. Veillez à ce que Regnard ait la copie de son rôle et sache grimper sur les toits. Pourvu qu'il ne nous claque pas dans les mains, comme Chevalier! S'il allait aussi se suicider, celui-là! Ne riez pas. Il y a un sort sur certains rôles. Ainsi, dans mon Marino Faliero, le gondolier Sandro se casse le bras à la répétition générale. On me donne un autre Sandro. Il se foule le pied à la première représentation. On m'en donne un troisième, il attrape la fièvre typhoïde... Ma petite Nanteuil, je te confierai une magnifique création quand tu seras aux Français. Mais j'ai juré mes grands dieux de ne plus faire jouer une seule pièce dans ce théâtre-ci.

Et tout aussitôt, sous la petite porte qui ferme le chœur du côté de l'Épitre, montrant à des confrères l'épitaphe de Racine, scellée dans le mur, en parisien curieux des antiquités de sa ville, il rappelait l'histoire de cette pierre; il disait que le poète avait été enseveli, selon son désir, à Port-Royal-des-Champs, au pied de la fosse de M. Hamon, et qu'après la destruction de l'abbaye et la violation des sépulcres, le corps de messire Jean Racine, secrétaire du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, avait été transporté sans honneurs à Saint-Étienne-du-Mont. Et il contait comment la pierre tombale, portant, sous le cimier de chevalier et l'écu au cygne d'argent, l'inscription composée par Boileau et mise en latin par M. Dodart, avait servi de dalle dans le chœur de la petite église de Magny-Lessart, où elle avait été trouvée en 1808.

—La voici! ajouta-t-il. Elle était brisée en six morceaux et le nom de Racine effacé par les souliers des paysans. On a rajusté les fragments et refait les lettres qui manquaient.

Sur ce sujet il s'étendait avec sa vivacité et son abondance coutumières, tirant de sa prodigieuse mémoire une multitude de faits curieux et d'amusantes historiettes, animant l'histoire et passionnant l'archéologie. Son admiration et sa colère jaillissaient coup sur coup, avec violence dans la solennité du lieu, à travers la pompe de la cérémonie.

—Je voudrais bien savoir, par exemple, quels sont les goujats stupides qui ont scellé cette pierre dans ce mur. Hic jacet nobilis vir Johannes Racine. Ce n'est pas vrai! Ils font mentir l'épitaphe de l'honnête Boileau. Le corps de Racine n'est pas à cette place. Il a été déposé dans la troisième chapelle à gauche en entrant. Quels idiots!

Et, soudain tranquille, il montra la pierre tombale de Pascal.

—Elle provient du musée des Petits-Augustins. On n'aura jamais assez de louanges pour Lenoir, qui, sous la Révolution, recueillit, conserva...