Elle saisit Nanteuil au passage, la pressa sur son cœur, et dans un beau mouvement de charité chrétienne, l'enveloppa de son manteau, en disant avec des sanglots:

—Essaie de prier, mon enfant, et prends cette médaille. Elle a été bénie par le pape. C'est un père dominicain qui me l'a donnée.

Madame Nanteuil, un peu essoufflée, mais qui rajeunissait depuis qu'elle recommençait d'aimer, sortit la dernière. Durville lui serra la main.

—Ce pauvre Chevalier! murmura-t-il.

—Ce n'était pas une mauvaise nature, répondit madame Nanteuil. Mais il a manqué de tact. Un homme du monde ne se suicide pas de cette manière. Ce garçon n'avait pas d'éducation.

Le corbillard se mit en mouvement dans l'ombre colossale du Panthéon et descendit la rue Soufflot, bordée de librairies. Les camarades de Chevalier, les employés du théâtre, le directeur, le docteur Socrate, Constantin Marc, quelques journalistes et quelques curieux suivirent. Le clergé et les actrices prirent place dans les voitures. Nanteuil, malgré l'avis contraire de madame Doulce, suivit avec Fagette dans un coupé de place.

Le temps était beau. On causait familièrement derrière le corbillard.

—Mais c'est au diable bouilli, le cimetière!

—Montparnasse? Trente minutes au plus.

—Tu sais que Nanteuil est engagée à la Comédie-Française?