MAITRE ADAM.
Vous n'avez pas besoin d'en dire davantage. On conçoit qu'une femme muette soit d'une pauvre conversation. Et l'on n'aime pas à parler, quand on ne reçoit jamais de réponse.
LÉONARD.
Vous savez maintenant quelle est la cause de ma tristesse.
MAITRE ADAM.
Je ne veux pas vous contrarier et je tiens cette cause pour juste et suffisante. Mais peut-être existe-t-il un moyen de la faire cesser. Dites-moi: votre femme est-elle sourde comme elle est muette?
LÉONARD.
Catherine n'est pas plus sourde que vous et moi; elle l'est même moins, si j'ose dire; elle entendrait l'herbe pousser.
MAITRE ADAM.
En ce cas, il faut prendre bon espoir. Les médecins, apothicaires et chirurgiens, s'ils parviennent à faire parler un sourd-muet, ce n'est jamais que d'une langue aussi sourde que son oreille. Il n'entend ni ce qu'on lui dit ni ce qu'il dit lui-même. Il en va tout autrement des muets qui entendent. C'est un jeu, pour un médecin, que de leur délier la langue. L'opération coûte si peu qu'on la fait journellement sur les petits chiens qui tardent à aboyer. Fallait-il donc un provincial tel que moi pour vous apprendre qu'un fameux médecin, qui demeure à quelques pas de votre logis, au carrefour Buci, dans la maison du Dragon, maître Simon Colline, est renommé pour couper le filet aux dames de Paris. En un tournemain, il fera couler de la bouche de madame votre épouse le flot clair des paroles bien sonnantes, comme en tournant un robinet on donne cours à un ruisseau qui s'échappe avec un doux murmure.