LÉONARD.

Le ciel le veuille!

CATHERINE, regardant par la fenêtre.

Oh! voici madame de la Bruine, la femme du procureur qui approche; elle porte un chaperon bordé de soie et un grand manteau puce par-dessus sa robe de brocart. Elle est suivie d'un laquais plus sec qu'un hareng saur. Léonard, elle regarde de ce côté: elle a l'air de venir nous faire visite. Dépêchez-vous de pousser les fauteuils pour la recevoir: il faut accueillir les personnes selon leur état et leur rang. Elle va s'arrêter à notre porte. Non, elle passe; elle est passée. Peut-être me suis-je trompée. Peut-être n'est-ce pas elle. On ne reconnaît pas toujours les personnes. Mais si ce n'est pas elle, c'est quelqu'un qui lui ressemble, et même qui lui ressemble beaucoup. Quand j'y songe, je suis sûre que c'était elle, il ne peut se trouver à Paris une seule femme aussi semblable à madame de la Bruine. Mon ami… mon ami… est-ce que vous auriez été content que madame de la Bruine nous fît une visite? (Elle s'assied sur la table.) Vous qui n'aimez pas les femmes bavardes, il est heureux pour vous que vous ne l'ayez pas épousée; elle jacasse comme une pie, elle ne fait que babiller du matin au soir. Quelle claquette! Et elle raconte quelquefois des histoires qui ne sont pas à son honneur.

Léonard, excédé, monte à son échelle avec son écritoire et s'assied sur un échelon du milieu, où il tâche d'écrire.

D'abord elle énumère tous les présents que son mari reçoit. Le compte en est fastidieux.

Elle monte de l'autre côté de l'échelle double et s'assied en face de Léonard.

En quoi cela nous intéresse-t-il que le procureur de la Bruine reçoive du gibier, de la farine, de la marée, ou bien encore un pain de sucre? Mais madame de la Bruine se garde bien de dire que son mari a reçu un jour un grand pâté d'Amiens, et que, quand il l'ouvrit, il ne trouva que deux grandes cornes.

LÉONARD.

Ma tête éclate! (Il se réfugie sur l'armoire avec son écritoire et ses papiers.)