—Ils n'étaient point barbiers, dit l'abbé.

—Voilà un méchant mot, dit le curé.

—Il ne faut pas chicaner un mourant sur ses plaisanteries, dit mon bon maître. Mais je souffre cruellement: cet homme m'a assassiné, et je meurs deux fois. La première fois, c'était de la main d'un juif.

—Que veut-il dire? demanda le curé.

—Le mieux, monsieur le curé, dit le barbier, est de ne point s'en inquiéter. Il ne faut jamais vouloir entendre les propos des malades. Ce ne sont que rêveries.

—Coquebert, dit le curé, vous ne parlez pas bien. Il faut entendre les malades en confession, et tel chrétien, qui n'avait rien dit de bon dans sa vie, prononce finalement les paroles qui lui ouvrent le paradis.

—Je ne parlais qu'au temporel, dit le barbier.

—Monsieur le curé, dis-je à mon tour, M. l'abbé Coignard, mon bon maître, ne déraisonne point, et il n'est que trop vrai qu'il a été assassiné par un juif, nommé Mosaïde.

—En ce cas, répondit le curé, il y doit voir une faveur spéciale de Dieu, qui voulut qu'il pérît par la main d'un neveu de ceux qui crucifièrent son fils. La conduite de la Providence dans le monde est toujours admirable. Monsieur Coquebert, puis-je aller à mon clos?

—Vous y pouvez aller, monsieur le curé, répondit le barbier. La plaie n'est pas bonne; mais elle n'est pas non plus telle qu'on en meure tout de suite. C'est, monsieur le curé, une de ces blessures qui jouent avec le malade comme le chat avec les souris, et à ce jeu-là on peut gagner du temps.