Lor qu'au lai saison qu'ai jaule
Au monde Jésu-chri vin
L'âne et le beu l'échaufin
De le leu sofle dans l'étaule.
Que d'âne et de beu je sai,
Dans ce royaume de Gaule,
Que d'âne et de beu je sai
Qui n'en arein pas tan fai.

Le chirurgien, sa femme et le curé reprirent ensemble:

Que d'âne et de beu je sai
Dans ce royaume de Gaule
Que d'âne et de beu je sai
Qui n'en arein pas tan fai.

Et mon bon maître reprit d'une voix plus faible:

Mais le pu béo de l'histoire
Ce fut que l'âne et le beu
Ainsin passire tô deu
La nuit sans manger ni boire.
Que d'âne et de beu je sai,
Couver de pane et de moire,
Que d'âne et de beu je sai
Qui n'en arein pas tan fai!

Puis il laissa tomber sa tête sur l'oreiller et ne chanta plus.

—Il y a du bon en ce chrétien, nous dit M. le curé, beaucoup de bon, et tantôt encore il m'édifiait moi-même par de belles sentences. Mais il ne laisse point de m'inquiéter, car tout dépend de la fin, et l'on ne sait ce qui restera au fond du panier. Dieu, dans sa bonté, veut qu'un seul moment nous sauve; encore faut-il que ce moment soit le dernier, de sorte que tout dépend d'une seule minute, auprès de laquelle le reste de la vie est comme rien. C'est ce qui me fait frémir pour ce malade, que les anges et les diables se disputent furieusement. Mais il ne faut point désespérer de la miséricorde divine.

Deux jours se passèrent en de cruelles alternatives. Après quoi, mon bon maître tomba dans une faiblesse extrême.

—Il n'y a plus d'espoir, me dit tout bas M. Coquebert. Voyez comme sa tête creuse l'oreiller, et remarquez que son nez est aminci.

En effet, le nez de mon bon maître, naguère gros et rouge, n'était plus qu'une lame recourbée, livide comme du plomb.