Le temps, déjà lourd depuis midi, devenait accablant. Engourdi par de longs jours tranquilles et reclus, je sentais un poids sur mon front et sur mes paupières. L'approche de l'orage acheva de m'appesantir. Je laissai tomber mes bras et, la tête renversée, les yeux clos, je glissai dans un demi-sommeil plein d'Égyptiens d'or et d'ombres lascives. Cet état incertain, pendant lequel le sens de l'amour vivait seul en moi comme un feu dans la nuit, durait depuis un temps que je ne puis dire, quand je fus réveillé par un bruit léger de pas et d'étoffes froissées, j'ouvris les yeux et poussai un grand cri.

Une merveilleuse créature était debout devant moi, en robe de satin noir, coiffée de dentelle, brune avec des yeux bleus, les traits fermes dans une chair jeune et pure, les joues rondes et la bouche animée par un invisible baiser. Sa robe courte laissait voir des pieds petits, hardis, gais et spirituels. Elle se tenait droite, ronde, un peu ramassée dans sa perfection voluptueuse. On voyait, sous le ruban de velours passé à son cou, un carré de gorge brune et pourtant éclatante. Elle me regardait avec un air de curiosité.

J'ai dit que mon sommeil m'avait excité à l'amour. Je me levai, je m'élançai.

—Excusez-moi, me dit-elle, je cherchais M. d'Astarac.

Je lui dis:

—Madame, il n'y a pas de M. d'Astarac. Il y a vous et moi. Je vous attendais. Vous êtes ma Salamandre. J'ai ouvert le flacon de cristal. Vous êtes venue, vous êtes à moi.

Je la pris dans mes bras et couvris de baisers tout ce que mes lèvres purent trouver de chair au bord des habits.

Elle se dégagea et me dit:

—Vous êtes fou.

—C'est bien naturel, lui répondis-je. Qui ne le serait à ma place?