C'était un peintre mystique d'une grande distinction. Il peignait des anges. Volontiers il leur donnait la figure d'une de ses élèves, âgée de seize ans; pupille de madame Janmot, née de Saint-Paulet. Cette jeune fille royaliste, catholique ardente, étudiait avec zèle la musique et la peinture, dans cet atelier où régnait le calme des sanctuaires. Saint-Cyr de Rayssac, tout plein des images de l'art italien, vit en elle un de ces anges qui, descendus du ciel, ramassaient le pinceau échappé des mains de Fra Angelico et peignaient la fresque pendant le sommeil du bon moine. Il l'aima, l'épousa et l'aima encore.

Tous ceux qui ont connu Madame Saint-Cyr de Rayssac attestent sa rare beauté et son esprit charmant. Son mari l'a peinte en deux vers:

Française des beaux jours, héroïque et charmante,
Avec la lèvre humide et le coup d'oeil moqueur.

Il dit ailleurs: «On loue votre taille et vos yeux. Rien n'est plus beau; mais ce qui me charme le plus en vous, c'est votre voix.» Madame de Rayssac avait, en effet, une voix délicieuse. Quelqu'un qui a entendu cette dame a dit: «Quand elle parle, elle chante un peu, comme l'oiseau qui se pose vole encore.» Dès la première jeunesse, au dire du même témoin, elle avait la mémoire ornée et riche. Instruite par son père, qui avait beaucoup vu, et par sa marraine, une des femmes les plus brillantes de la société lyonnaise, elle contait avec beaucoup d'abondance et d'agrément. On lui dit un jour:

—Mais, pour parler ainsi de M. de Villèle et d'Armand Carrel, de M. de Jouy et de Victor Hugo, de madame de Souza et de madame de Girardin, d'Alfred de Musset et de Stendhal, quel âge avez-vous donc?

Et elle répondit:

—J'ai l'âge de ma marraine, l'âge de mon père et quelquefois le mien.

Les vers d'amour que lui fit Saint-Cyr de Rayssac ont été heureusement conservés. Ils nous apprennent que Berthe (madame de Rayssac se nommait Berthe) était jalouse du passé. C'est un grand malheur auquel les âmes délicates et fières sont sujettes. Elle souffrait cruellement à la pensée que celui qu'elle aimait avait donné jadis à d'autres qu'elle une part du trésor où elle puisait maintenant avec délices. Elle ne put retenir ses plaintes. Le poète lui fit un sonnet pour la consoler.

Dans ce temps, j'épelais pour mieux savoir te lire,
Et tous les vieux amours qu'il te plaît de maudire
Enseignaient à mon coeur quelque chose pour toi.
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Et j'ai mis à tes pieds, virginale maîtresse,
La brûlante moisson de toute ma jeunesse,
Le sauvage bouquet fait de toutes mes fleurs.

À son tour, il lui faisait des reproches. Il avait à se plaindre d'elle, puisqu'il l'aimait. Madame de Rayssac était musicienne et peintre avec ardeur. Elle chantait pendant de longues heures et allait dessiner dans son atelier. «Je m'effraye de ces dépenses», disait le poète avec l'accent d'un tendre reproche: