BARBEY D'AUREVILLY.

C'est un crime, monsieur.

UN PETIT COUSIN DE M. NISARD.

Mais Jean-Jacques avait quelque mérite…

BARBEY D'AUREVILLY.

Monsieur, le seul que je lui reconnaisse est de s'être quelquefois habillé en Arménien. Je désespère que M. Cherbuliez en fasse jamais autant. Il porte des lunettes. Je n'aime pas cela. Il faut être quelque peu gâté de spinozisme pour porter des lunettes.

LE PETIT COUSIN DE M. NISARD.

Ne serait-ce pas plutôt qu'il est myope? Je le croirais volontiers, rien qu'à le lire. Ménippe disait vrai en disant qu'il est subtil. Les idées qu'il tire de la tête de ses personnages ont bon air et la meilleure mine du monde. Elles sont attifées comme des marquises: robes à queue, corsage ouvert, de la poudre, un doigt de rouge, une mouche assassine, rien ne leur manque; elles sont charmantes, et hautes comme le doigt: c'est la cour de Lilliput. Parfois elles ont des jupes courtes et dansent avec une volupté savante: c'est un ballet à Lilliput. Quelquefois encore, coiffées d'un feutre à plumes, comme des mousquetaires, elles roulent des yeux terribles, accrochent la lune avec la pointe de leurs moustaches et relèvent leur manteau en queue de coq avec leur rapière: c'est l'armée de Lilliput.

SAINT-ÉVREMOND.

C'est cela même qui est agréable et tout à fait plaisant. Nous avons tous le cerveau plein de Pygmées de diverses figures et de différents caractères, qui rient et qui pleurent, qui s'en vont en guerre ou qui volent aux amours. Et il faut infiniment d'esprit pour reconnaître au passage ces Pygmées de notre âme, les décrire, comprendre leur risible importance et démêler leur succession bizarre. Cela est tout l'homme. Notre machine est faite d'une infinité de petites pièces. Et un grand esprit n'est après tout qu'une fourmilière bien administrée.