SAINT-ÉVREMOND.

Et pourquoi ne le voulait-elle pas? Était-elle prude et dévote avant l'âge?

J'ai lu, dans ce séjour des justes, il y a dix ans, l'histoire de la baronne Fuster. Elle refusait la porte de sa chambre à son mari, qui était un vieux guerrier las de courir le monde et désireux de connaître enfin les douceurs du foyer. La baronne, qui n'était plus très jeune, avait gardé une beauté à laquelle son mari était, devenu subitement sensible. Mais elle était gouvernée par un père Phalippou à qui elle donnait beaucoup d'argent pour des oeuvres pies et qui, en retour, la conduisait dans la voie de la perfection. Elle y avançait beaucoup et l'idée seule que son mari pût la ramener dans les petits chemins du siècle, lui faisait horreur. Le père Phalippou l'encourageait à sa résistance et lui conférait, pour prix de sa chasteté reconquise, le titre de chanoinesse ainsi qu'un grand nombre de bénéfices d'ordre mystique et spirituel. Mais le mari, qui était bon chrétien et plus riche que sa femme, ayant remis au père Phalippou beaucoup plus d'argent que la baronne n'en donnait, le saint homme s'avisa qu'après tout le mariage est un sacrement, qu'il y a chez une femme un orgueil coupable à refuser de s'humilier dans le devoir et qu'il faut vaincre les délicatesses de la chair. Il ordonna à la baronne d'ouvrir à l'époux la porte de sa chambre.

En vain elle gémit et allégua qu'elle était chanoinesse. Le père
Phalippou fut inébranlable.

—Madame, vous devez gravir votre calvaire!…

Cette histoire était contée par M. Ferdinand Fabre qui connaît beaucoup
les moines, dont l'espèce a peu varié depuis le règne de Louis le Grand.
Y a-t-il, dites-moi, un père Phalippou dans les scrupules de madame de
Louvaigue?

LE PETIT COUSIN.

Point! et cette dame n'obéit, dans son refus, qu'à sa propre volonté et à ses sentiments intimes.

SAINT-ÉVREMOND.

M. de Louvaigue n'était-il point aimable?