CONTES CHINOIS[10]

[Note 10: Contes chinois, par le général Tcheng-ki-Tong. 1 vol. in-18.]

J'avoue que je suis peu versé dans la littérature chinoise. Durant qu'il était vivant et que j'étais fort jeune, j'ai un peu connu M. Guillaume Pauthier, qui savait le chinois mieux que le français. Il y avait gagné, je ne sais comment, de petits yeux obliques et des moustaches de Tartare. Je lui ai entendu dire que Confucius était un bien plus grand philosophe que Platon; mais je ne l'ai pas cru. Confucius ne contait point de fables morales et ne composait point de romans métaphysiques.

Ce vieil homme jaune n'avait point d'imagination, partant point de philosophie. En revanche, il était raisonnable.

Son disciple Ki-Lou lui demandant un jour comment il fallait servir les
Esprits et les Génies, le maître répondit:

—Quand l'homme n'est pas encore en état de servir l'humanité, comment pourrait-il servir les Esprits et les Génies?

—Permettez-moi, ajouta le disciple, de vous demander ce que c'est que la mort.

Et Confucius répondit:

—Lorsqu'on ne sait pas ce que c'est que la vie, comment pourrait-on connaître la mort?

Voilà tout ce que j'ai retenu, touchant Confucius, des entretiens de M. Guillaume Pauthier, qui lorsque j'eus l'honneur de le connaître, étudiait spécialement les agronomes chinois, lesquels, comme on sait, sont les premiers agronomes du monde. D'après leurs préceptes, M. Guillaume Pauthier sema des ananas dans le département de Seine-et-Oise. Ils ne vinrent pas. Voilà pour la philosophie. Quant au roman, j'avais lu, comme tout le monde, les nouvelles traduites à diverses époques, par Abel Rémusat, Guillard d'Arcy, Stanislas Julien et d'autres savants encore dont j'oublie le nom. Qu'ils me le pardonnent, si un savant peut pardonner quelque chose. Il me restait de ces nouvelles, mêlées de prose et de vers, l'idée d'un peuple abominablement féroce et plein de politesse.